We, the people

Et la réponse est NON!
Merci à tous les idiots utiles anti-libéraux!

LT.ch – Dimanche 29.05, 21:10
Les toutes premières tendances et projections issues de bulletins de vote dépouillés en France donnent le non à la Constitution européenne gagnant à hauteur de 55% à 56%, selon la Télévision Suisse romande.

revoter ?

L’élite technocratique (Giscard et toute la bande des eurocrates) avoue son mépris de la démocratie dont elle fait l’apologie de manière purement rhétorique par ailleurs. Prenons un instant au sérieux son amour de la démocratie et constatons à quel point elle se contredit. Lorsque le résultat d’un vote populaire ne lui plaît alors il faut revoter. C’est vraiment prendre les électeurs pour des idiots et c’est une raison de plus pour voter NON et de se débarasser de ces parasites. Si le OUI l’emportait, ces brigands accepteraient-ils qu’un nouveau référendum soit organisé dans deux ans ? Certainement pas. Le profond dégoût que cette élite auto-constituée m’inspire me donne envie de les envoyer au diable pour toujours, de les neutraliser définitivement.

La liberté

Un journaliste du journal « Libération » concluait hier ou avant-hier un article intitulé « Le non l’emporte chez les ultras ultralibéraux »(1) en écrivant:
« Selon le pointage effectué par Alain Madelin, une grosse moitié de son électorat (un million de voix à la présidentielle de 2002) devrait quand même approuver le projet de Constitution. Les autres, fanas du marché, se retrouveront dans le camp du non. Avec leurs pires adversaires. »

Auparavant, il avait présenté une stigmatisation de l’avant-dernier éditorial de Jacques Garello dans « La Nouvelle Lettre », qui commençait par ces termes :
« Jacques Garello, professeur d’économie de l’université d’Aix-en-Provence, fait partie de ces libéraux antitraité. Le président de la très libérale Association pour la liberté économique et le progrès social (Aleps) se dit prêt à provoquer un «séisme» en votant non. »

Cela mérite commentaire.

Faisons appel à Frédéric Bastiat (janvier 1848) pour répondre à ce journaliste dont l’inculture rivalise avec l’imposture, voire l’esclavage.

« Puisque j’ai parlé de Rousseau, je me permettrai de faire ici quelques réflexions sur cet organisateur, d’autant qu’elles serviront à faire comprendre en quoi les organisations artificielles diffèrent de l’organisation naturelle. Cette digression n’est pas d’ailleurs tout à fait intempestive, puisque, depuis quelque temps, on signale le Contrat social comme l’oracle de l’avenir(a).

Rousseau était convaincu que l’isolement était l’état de nature de l’homme, et que, par conséquent, la société était d’invention humaine. « L’ordre social, dit-il en débutant, ne vient pas de la nature; il est donc fondé sur des conventions. »
En outre, ce philosophe, quoique aimant avec passion la liberté, avait une triste opinion des hommes. Il les croyait tout à fait incapables de se donner une bonne institution. L’intervention d’un fondateur, d’un législateur, d’un père des nations, était donc indispensable.
« Le peuple soumis aux lois, dit-il, en doit être l’auteur. Il n’appartient qu’à ceux qui s’associent de régler les conditions de la société; mais comment les régleront-ils? Sera-ce d’un commun accord, par une inspiration subite? Comment une multitude aveugle, qui souvent ne sait ce qu’elle veut, parce que rarement elle sait ce qui lui est bon, exécuterait-elle d’elle-même une entreprise aussi grande, aussi difficile qu’un système de législation?… Les particuliers voient le bien qu’ils rejettent, le public veut le bien qu’il ne voit pas; tout ont également besoin de guides… Voilà d’où naît la nécessité d’un législateur. »
Ce législateur, on l’a déjà vu, « ne pouvant employer ni la force ni le raisonnement, c’est une nécessité qu’il recoure à une autorité d’un autre ordre, » c’est-à-dire, en bon français, à la fourberie.
Rien ne peut donner une idée de l’immense hauteur au-dessus des autres hommes où Rousseau place son législateur:
« Il faudrait des dieux pour donner des lois aux hommes… Celui qui ose entreprendre d’instituer un peuple doit se sentir en état de changer, pour, ainsi dire, la nature humaine…, d’altérer la constitution de l’homme pour le renforcer… Il faut qu’il ôte à l’homme ses propres forces pour lui en donner qui lui soient étrangères… Le législateur est, à tous égards, un homme extraordinaire dans l’État;… son emploi est une fonction particulière et supérieure, qui n’a rien de commun avec l’empire humain… S’il est vrai qu’un grand prince est un homme rare, que sera-ce d’un grand législateur? Le premier n’a qu’à suivre le modèle que l’autre doit lui proposer. Celui-ci est le mécanicien qui invente la machine; celui-là n’est que l’ouvrier qui la monte et la fait marcher. »

Et qu’est donc l’humanité dans tout cela? La vile matière dont la machine est composée.
En vérité, n’est-ce pas là l’orgueil porté jusqu’au délire? Ainsi les hommes sont les matériaux d’une machine que le prince fait marcher; le législateur en propose le modèle; et le philosophe régente le législateur, se plaçant ainsi à une distance incommensurable du vulgaire, du prince et du législateur lui-même: il plane sur le genre humain, le meut, le transforme, le pétrit, ou plutôt enseigne aux Pères des nations comment il faut s’y prendre.
Cependant le fondateur d’un peuple doit se proposer un but. Il a de la matière humaine à mettre en Âœuvre, et il faut bien qu’il l’ordonne à une fin. Comme les hommes sont dépourvus d’initiative, et que tout dépend du législateur, celui-ci décidera si un peuple doit être ou commerçant, ou agriculteur, ou barbare et ichthyophage, etc.; mais il est à désirer que le législateur ne se trompe pas et ne fasse pas trop violence à la nature des choses.

Les hommes, en convenant de s’associer, ou plutôt en s’associant par la volonté du législateur, ont donc un but très précis. « C’est ainsi, dit Rousseau, que les Hébreux et récemment les Arabes ont eu pour principal objet la religion; les Athéniens, les lettres; Carthage et Tyr, le commerce; Rhodes, la marine.; Sparte, la guerre, et Rome, la vertu. »
Quel sera l’objet qui nous décidera, nous Français, à sortir de l’isolement ou de l’état de nature pour former une société? Ou plutôt (car nous ne sommes que la matière inerte, les matériaux de la machine), vers quel objet nous dirigera notre grand Instituteur?

Dans les idées de Rousseau, ce ne pouvait guère être ni les lettres, ni le commerce, ni la marine. La guerre est un plus noble but, et la vertu un but plus noble encore. Cependant il y en a un très supérieur. Ce qui doit être la fin de tout système de législation, « c’est la liberté et l’égalité ».
Mais il faut savoir ce que Rousseau entendait par la liberté. Jouir de la liberté, selon lui, ce n’est pas être libre, c’est donner son suffrage, alors même qu’on serait « entraîné sans violence, et persuadé sans être convaincu, » car alors « on obéit avec liberté et l’on porte docilement le joug de la félicité publique. »

« Chez les Grecs, dit-il, tout ce que le peuple avait à faire, il le faisait par lui-même; il était sans cesse assemblé sur la place, il habitait un climat doux, il n’était point avide, des esclaves faisaient tous ses travaux, sa grande affaire était sa liberté. »

« Le peuple anglais, dit-il ailleurs, croit être libre; il se trompe fort. Il ne l’est que durant l’élection des membres du parlement; sitôt qu’ils sont élus, il est esclave, il n’est rien. »

Le peuple doit donc faire par lui-même tout ce qui est service public, s’il veut être libre, car c’est en cela que consiste la liberté. Il doit toujours nommer, toujours être sur la place publique. Malheur à lui, s’il songe à travailler pour vivre! Sitôt qu’un seul citoyen s’avise de soigner ses propres affaires, à l’instant (c’est une locution que Rousseau aime beaucoup) tout est perdu.
Mais, certes, la difficulté n’est pas petite. Comment faire? Car enfin, même pour pratiquer la vertu, même pour exercer la liberté, encore faut-il vivre.

On a vu tout à l’heure sous quelle enveloppe oratoire Rousseau avait caché le mot imposture. On va le voir maintenant recourir à un trait d’éloquence pour faire passer la conclusion de tout son livre, l’esclavage.

« Vos durs climats vous donnent des besoins, six mois de l’année la place publique n’est pas tenable; vos langues sourdes ne peuvent se faire entendre en plein air, et vous craignez bien moins l’esclavage que la misère. »
« Vous voyez bien que vous ne pouvez être libres. »
« Quoi! la liberté ne se maintient qu’à l’appui de la servitude? Peut-être. »
Si Rousseau s’était arrêté à ce mot affreux, le lecteur eût été révolté. Il fallait recourir aux déclamations imposantes. Rousseau n’y manque pas.
« Tout ce qui n’est point dans la nature (c’est de la société qu’il s’agit) a ses inconvénients, et la société civile plus que tout le reste. Il y a des positions malheureuses où l’on ne peut conserver sa liberté qu’aux dépens de celle d’autrui, et où le citoyen ne peut être parfaitement libre que l’esclave ne soit extrêmement esclave. Pour vous, peuples modernes, vous n’avez point d’esclaves, mais vous l’êtes; vous payez leur liberté de la vôtre… Vous avez beau vanter cette préférence, j’y trouve plus de lâcheté que d’humanité. »

Je le demande, cela ne veut-il pas dire: Peuples modernes, vous feriez bien mieux de n’être pas esclaves et d’en avoir.
Que le lecteur veuille bien excuser cette longue digression, j’ai cru qu’elle n’était pas inutile. Depuis quelque temps, on nous représente Rousseau et ses disciples de la Convention comme les apôtres de la fraternité humaine. — Des hommes pour matériaux, un prince pour mécanicien, un père des nations pour inventeur, un philosophe par-dessus tout cela, l’imposture pour moyen, l’esclavage pour résultat; est-ce donc là la fraternité qu’on nous promet?

Il m’a semblé aussi que cette étude du Contrat social était propre à faire voir ce qui caractérise les organisations sociales artificielles.
Partir de cette idée que la société est un état contre nature; chercher les combinaisons auxquelles on pourrait soumettre l’humanité; perdre de vue qu’elle a son mobile en elle-même; considérer les hommes comme de vils matériaux; aspirer à leur donner le mouvement et la volonté, le sentiment et la vie; se placer ainsi à une hauteur incommensurable au-dessus du genre humain: voilà les traits communs à tous les inventeurs d’organisations sociales. Les inventions diffèrent, les inventeurs se ressemblent.

Parmi les arrangements nouveaux auxquels les faibles humains sont conviés, il en est un qui se présente en termes qui le rendent digne d’attention. Sa formule est: Association progressive et volontaire.

Mais l’économie politique est précisément fondée sur cette donnée, que société n’est autre chose qu’association (ainsi que ces trois mots le disent), association fort imparfaite d’abord, parce que l’homme est imparfait, mais se perfectionnant avec lui, c’est-à-dire progressive. Veut-on parler d’une association plus étroite entre le travail, le capital et le talent, d’où doivent résulter pour les membres de la famille humaine plus de bien et un bien-être mieux réparti? À la condition que ces associations soient volontaires; que la force et la contrainte n’interviennent pas; que les associés n’aient pas la prétention de faire supporter les frais de leur établissement par ceux qui refusent d’y entrer, en quoi répugnent-elles à l’économie politique? Est-ce que l’économie politique, comme science, n’est pas tenue d’examiner les formes diverses par lesquelles il plaît aux hommes d’unir leurs forces et de se partager les occupations, en vue d’un bien-être plus grand et mieux réparti? Est-ce que le commerce ne nous donne pas fréquemment l’exemple de deux, trois, quatre personnes formant entre elles des associations? Est-ce que le métayage n’est pas une sorte d’association informe, si l’on veut, du capital et du travail? Est-ce que nous n’avons pas vu, dans ces derniers temps, se produire les compagnies par actions, qui donnent au plus petit capital le pouvoir de prendre part aux plus grandes entreprises? Est-ce qu’il n’y a pas à la surface du pays quelques fabriques où l’on essaye d’associer tous les co-travailleurs aux résultats? Est-ce que l’économie politique condamne ces essais et les efforts que font les hommes pour tirer un meilleur parti de leurs forces? Est-ce qu’elle a affirmé quelque part que l’humanité a dit son dernier mot? C’est tout le contraire, et je crois qu’il n’est aucune science qui démontre plus clairement que la société est dans l’enfance.

Mais, quelques espérances que l’on conçoive pour l’avenir, quelques idées que l’on se fasse des formes que l’humanité pourra trouver pour le perfectionnement de ses relations et la diffusion du bien-être, des connaissances et de la moralité, il faut pourtant bien reconnaître que la société est une organisation qui a pour élément un agent intelligent, moral, doué de libre arbitre et perfectible. Si vous en ôtez la liberté, ce n’est plus qu’un triste et grossier mécanisme.
La liberté! il semble qu’on n’en veuille pas de nos jours. Sur cette terre de France, empire privilégié de la mode, il semble que la liberté ne soit plus de mise. Et moi, je dis: Quiconque repousse la liberté n’a pas foi dans l’humanité. On prétend avoir fait récemment cette désolante découverte que la liberté conduit fatalement au monopole2. Non, cet enchaînement monstrueux, cet accouplement contre nature n’existe pas; il est le fruit imaginaire d’une erreur qui se dissipe bientôt au flambeau de l’économie politique. La liberté engendrer le monopole! L’oppression naître naturellement de la liberté! mais prenons-y garde, affirmer cela, c’est affirmer que les tendances de l’humanité sont radicalement mauvaises, mauvaises en elles-mêmes, mauvaises par nature, mauvaises par essence; c’est affirmer que la pente naturelle de l’homme est vers sa détérioration, et l’attrait irrésistible de l’esprit vers l’erreur. Mais alors à quoi bon nos écoles, nos études, nos recherches, nos discussions, sinon à nous imprimer une impulsion plus rapide sur cette pente fatale, puisque, pour l’humanité, apprendre à choisir, c’est apprendre à se suicider? Et, si les tendances de l’humanité sont essentiellement perverses, où donc, pour les changer, les organisateurs chercheront-ils leur point d’appui!

D’après les prémisses, ce point d’appui devrait être placé en dehors de l’humanité. Le chercheront-ils en eux-mêmes, dans leur intelligence, dans leur cÂœur? mais ils ne sont pas des dieux encore; ils sont hommes aussi, et par conséquent poussés avec l’humanité toute entière vers le fatal abîme. Invoqueront-ils l’intervention de l’État? Mais l’État est composé d’hommes; et il faudrait prouver que ces hommes forment une classe à part, pour qui les lois générales de la société ne sont pas faites, puisque c’est eux qu’on charge de faire ces lois. Sans cette preuve, la difficulté n’est pas même reculée.

Ne condamnons pas ainsi l’humanité avant d’en avoir étudié les lois, les forces, les énergies, les tendances. Depuis qu’il eut reconnu l’attraction, Newton ne prononçait plus le nom de Dieu sans se découvrir. Autant l’intelligence est au-dessus de la matière, autant le monde social est au-dessus de celui qu’admirait Newton: car la mécanique céleste obéit à des lois dont elle n’a pas la conscience.

Combien plus de raison aurons-nous de nous incliner devant la Sagesse éternelle, à l’aspect de la mécanique sociale, où vit aussi la pensée universelle, mens agitat molem, mais qui présente de plus ce phénomène extraordinaire que chaque atome est un être animé, pensant, doué de cette énergie merveilleuse, de ce principe de toute moralité, de toute dignité, de tout progrès, attribut exclusif de l’homme, — la Liberté!  »

Vae victis referendo
a) Le contrat social reste en 2005 l’oracle de l’avenir qui fait confondre au journaliste le « non » des socialo-communistes esclavagistes et le « non » de Jacques Garello. Et cette prédiction fait partie des rares que s’est permis Frédéric Bastiat dans son oeuvre. Et elle s’avère exacte tout comme le sont, d’une part, sa prédiction sur l’organisation de la sécurité sociale obligatoire et les conséquences désastreuses de celle-ci et, d’autre part, sa prédiction sur la montée de l’esclavagisme socialo-communiste jusqu’à aujourd’hui inclus.

Egalité

Lu dans Le Monde: Fiscalité locale : les experts ne départagent pas la droite et le PS. Il n’y a aucune différence à habiter dans une commune gérée par un maire « Ã  droite » que dans une commune avec un maire « de gauche ». Mais ça, on a pas besoin d’une commission pour le savoir: quand il s’agit de prendre dans notre porte-monnaie, il n’y a ni droite ni gauche.

Questions à Pascal Salin

« Il faut voter « non » � cette Constitution. » Pascal Salin

Petit entretien avec Pascal Salin… Marc Grunert: Selon vous, professeur Salin, le traité constitutionnel soumis au référendum en France est-il un progrès ? Y voyez-vous des dangers ? De bonnes choses ?

Pascal Salin: La manière dont vous posez le problème de la Constitution européenne me semble être la bonne. En effet, il existe déj� ce qu’on appelle parfois un « acquis communautaire », avec ce qu’il a de bon (la concurrence accrue et la déréglementation de beaucoup d’activités) et ce qu’il a de mauvais (les tendances � la centralisation, la politisation des problèmes, les politiques communes, les directives bureaucratiques, etcÂ…) et il faut donc se demander ce que le projet de Constitution européenne ajoute � cela. Or, si l’on peut se réjouir d’y trouver une réaffirmation des droits individuels traditionnels, on doit regretter que la Constitution y ajoute des « droits sociaux » ou droits positifs : ces « droits � » (par opposition aux « droits de ») signifient en effet que l’autorité étatique utilise la contrainte publique pour donner � des citoyens des droits sur les autres. Ces droits sont incompatibles avec les droits traditionnels et ils les mettent donc en danger.

M.G.: Vous écriviez dans votre livre, Libéralisme, que deux logiques d’intégration des nations s’opposent, l’intégration par la concurrence et l’intégration politique forcée. Quelle logique le traité constitutionnel favorise-t-il le plus selon vous ? Allons-nous vers un super-Etat européen ?

P.S.: La Constitution européenne est ambiguë, elle se refuse � trancher entre des deux logiques. Mais ce qui est le plus fragile et le plus précieux c’est le maintien de la concurrence et de la liberté d’agir. Or, l� où l’intégration politique avance l’intégration économique par la concurrence recule. C’est pourquoi cette Constitution crée effectivement le risque d’émergence d’un super-Etat européen .

M.G.: L’ouverture du marché � la concurrence s’accompagne manifestement d’une demande de protection par les producteurs bien organisés et relayés par les médias, sur le dos des consommateurs. On le voit dans le domaine du textile aujourd’hui. Il y a une véritable compétition entre partisans du « oui » et du « non » au référendum pour savoir quelle est l’instance politique la plus apte � imposer le protectionnisme. Une mauvaise politique imposée uniformément � l’échelle européenne n’est-ce pas l� le risque principal de cette construction politique européenne ?

P.S.: Bien sûr, ce risque existe, mais il est difficile de prévoir l’issue de négociations entre de nombreux Etats plus ou moins protectionnistes. On peut en tout cas compter sur la France pour essayer toujours de faire accepter de mauvaises politiques – par exemple des politiques protectionnistes – par l’Union européenne. De ce point de vue on peut tout de même espérer que l’Europe – sous la pression de la Grande-Bretagne et d’un bon nombre de pays anciennement communistes – soit un peu moins protectionniste que la France ne l’aurait été isolément. Mais dans l’absolu il serait préférable pour les consommateurs français que leurs gouvernements aient décidé de s’interdire toute politique protectionniste � l’égard de tous les pays du monde plutôt que d’appartenir � une union européenne. Cette dernière a précisément pour rôle, dans l’esprit de beaucoup, de mettre en place des « marchés organisés » sans lesquels, dit-on � tort, la liberté des échanges ne serait pas possible. Mais c’est dire aussi que, malheureusement, l’on considère a contrario qu’il est légitime de se protéger des producteurs situés dans des pays dont les marchés ne sont pas « organisés ».

M.G.: Finalement, ne faut-il pas craindre pour la liberté individuelle, les droits fondamentaux de l’individu ?

P.S.: C’est évidemment le grand risque et c’est pourquoi il faut voter « non » � cette Constitution. La Constitution la plus remarquable est sans conteste celle des Etats-Unis. Elle avait été conçue de manière � protéger les droits indviduels. Mais, un peu plus de deux cent ans plus tard, on est bien loin de cet objectif initial ! Or l’Europe ne commence pas avec une Constitution de type américain, mais elle se place d’emblée dans une situation d’interventionnisme étatique très poussé. Compte tenu de la tentation constante des Etats � envahir le domaine des citoyens, on ne peut qu’être inquiet en face d’une Constitution qui permet de grandes dérives de type social-démocrate.

Protectionnisme

Ca y est, le gouvernement américain prend des mesures contre le « textile chinois ». Je ne savais pas que les textiles avaient une nationalité moi, mais passons… Bien sûr les premiers punis seront les ouvriers en Chine, les consommateurs aux US, tout ça pour le profit de quelques producteurs américains. La même mesure stupide va suivre en Europe, avec les mêmes effets. Vous rendez-vous compte, des emplois seraient détruits si aucune mesure n’était prise!
150 ans après les démonstrations limpides de Bastiat (1, 2, 3, 4, 5…), il en reste encore pour croire que l’échange libre n’est pas profitable. Il en reste encore pour soutenir que l’Etat doit forcer aux frais de tous à acheter des produits plus chers pour le bénéfice de quelques uns. Il est grand temps de laisser couler les secteurs non rentables et de se concentrer sur autre chose: adieu l’agriculture, la métallurgie, le textile…
Oh, à ceux qui vont accuser le gouvernement chinois de « dumping » je réponds d’avance ceci: tant mieux si le gouvernement chinois subventionne ses exportations, cela signifie ni plus ni moins qu’il paye à la place des consommateurs ailleurs!

Envol vers la liberté

Dans le dernier billet de mon blog, j’annonce la parution des résultats du concours d’essais lancé dernièrement par Frederick Mann de Build Freedom, le Better World Essay Contest. Que du bon. Il y a sur ce site une mine d’informations qui valent d’être traduites… ou qui valent d’apprendre l’anglais. La liberté commence par soi-même. Construire un monde de liberté, c’est d’abord se construire soi-même comme un homme libre. Dans le genre marrant, j’ai aussi bien aimé cette version minimaliste du test politique le plus court du monde, indiquée dans un des essais gagnants.

Discrimination

La France est un pays stratifié: il y a la haute nomenklatura, celle des Mer, Chirac, Lang, Fabius, Strauss-Kahn… il y a la couche des parasites de bas étage: fonctionnaires lambdas bien planqués, entreprises semi-privées et hautement subventionnées, secteurs protégés en tout genre…
De temps en temps je découvre un nouvel avantage pour une de ces classes, Eric ABC m’a informé d’une publicité parue récemment dans le journal Métro. Elle disait ceci:

PROPRIÉTAIRES, Garantissez le paiement de vos loyers!
Louez votre logement aux agents du ministère de l’intérieur et de la préfecture de police:
contre une baisse du montant du loyer, vous bénéficierez de la garantie de son paiement et d’un strict respect du bail et de la législation.

Non seulement les fonctionnaires ont souvent des logements de fonction, non seulement dans le marché ils trouvent plus facilement car ils ont la fameuse sécurité de l’emploi (= la garantie d’impôts élevés pour les autres), mais en plus ils payent moins et l’Etat leut fait de la publicité, et a du personnel dédié à cet effet ? On est en plein dans l’absurdisme franchouillard…

Nécessaire coup d’arrêt

Ne nous privons pas du plaisir de nous défouler un peu. Pour une fois que les nomenklaturas de droite et de gauche affichent ouvertement leurs intérêts politiques communs en faisant campagne pour le « oui » au référendum sur le traité constitutionnel, la tentation de les envoyer au diable est vraiment irrésistible. Mais ce serait pur nihilisme de vouloir envoyer la classe politique au tapis simplement pour le plaisir. Il faut y ajouter une satisfaction intellectuelle et un vif espoir.

Vers un super-Etat

Quelles que soient les raisons de voter « non », ce sera un coup d’arrêt dans l’évolution tranquille qu’a été la construction politique européenne jusqu’aujourd’hui. Les ingénieurs sociaux de l’UE voudraient nous faire croire qu’en construisant un mastodonte politique sur le modèle de l’ex-URSS les Européens vont prospérer. En réalité ce sont les hommes de l’Etat et la bureaucratie qui prospèreront.

La logique de la construction politique européenne est l’avènement d’un super-Etat européen. La preuve évidente tient dans ce souci d’uniformiser les lois, la fiscalité pour finalement donner au pouvoir central européen une prééminence absolue. La commission européenne, le Parlement européen et la Cour de justice européenne possèdent déjà en partie les attributs d’un Etat. Qu’est-ce que la liberté y gagne ?

Supposons que la démocratie, parfois imprévisible, conduise un parti réellement libéral au pouvoir dans un pays membre. Quelle sera sa marge de manœuvre pour réaliser de profondes réformes fiscales par exemple ? Si le gouvernement d’un pays membre souhaite ouvrir les frontières au libre-échange économique, ne devra-t-il pas quémander l’autorisation aux autres pays membres ? Quel progrès !

Alors je dis NON à cette construction politique européenne parce qu’elle empêche par nature les différents pays de suivre d’autres voies que celle dictée par l’UE.

Pour le coup les souverainistes me deviennent sympathiques malgré les absurdités économiques qu’ils professent (1). Certes, on doit leur appliquer leur propre logique car la seule souveraineté qui soit légitime et absolue est celle de lÂ’individu, pas la « souveraineté nationale ». Mais ce qui est clair cÂ’est que la souveraineté dÂ’une entité implique son indépendance. Disons tout de suite quÂ’indépendance ne signifie pas pouvoir de faire nÂ’importe quoi, par exemple se dispenser dÂ’agir conformément aux lois de la réalité. LÂ’indépendance implique au contraire la possibilité dÂ’apprendre et de se corriger à lÂ’aune de cette réalité. Mais que devient cette indépendance lorsquÂ’il nÂ’y a plus de choix à faire ?

La question des normes

Hayek a très bien vu que plus s’étendent nos relations avec des individus toujours plus nombreux et éloignés, plus les règles qui les régissent doivent être abstraites et générales. Ces règles ne peuvent pas être décrétées par une quelconque autorité. Elles émergent « spontanément », naturellement, (de manière non délibérée) et forment le cadre a priori et évolutif d’une « société ouverte »(2)

Ainsi le principe des droits de propriété émerge-t-il par nécessité dans une société de liberté. La manipulation de ces règles détruit l’ordre de la liberté. La propriété implique la concurrence et réciproquement. Manipuler les règles de la concurrence pour réaliser une fiction mathématique, la « concurrence pure et parfaite », c’est forcément manipuler les droits de propriété de manière arbitraire et ajouter de l’incertitude dans un ordre dont les règles ont pour fonction de la réduire. C’est pourtant sur ce modèle que toute la « politique de concurrence » de l’UE est fondée.

La plupart des normes produites par le pouvoir politique européen sont ce qu’Hayek appelait des règles de commandement et non pas ces règles abstraites qui permettent aux individus de poursuivre leurs propres fins en préservant la cohérence de l’ordre global. Ces normes européennes visent à intervenir directement sur l’ordre global de la société en lui imposant des fins concrètes. Alors que les normes spontanées (morales et juridiques) d’une société de liberté ne forment qu’un cadre qui rend possible la poursuite des fins individuelles, les normes décrétées européennes visent à créer de toutes pièces un ordre pensé a priori, ce qu’il est impossible de faire puisque cela suppose une omniscience que les hommes de l’Etat n’ont certainement pas.

La distinction entre deux sortes de règles mise en évidence par Hayek est crucialement pertinente aujourd’hui. Hayek distingue les règles de commandement et d’organisation qui visent à réaliser des objectifs concrets et qui déterminent un ordre social totalitaire, tyrannique, en assignant aux individus des fins qui ne sont pas les leurs, et les règles générales indépendantes de tout objectif qui sont celles d’une société de liberté. « Les règles de droit, sur lesquelles un ordre spontané [de liberté] repose, tendent à un ordre abstrait dont le contenu, vis-à-vis des cas individuels ou concrets, n’est connu ni prévu par personne ; tandis que les commandements et les règles qui gouvernent une organisation [l’Union européenne en l’occurrence] tendent à des résultats particuliers visés par ceux qui commandent dans l’organisation » (Hayek, Droit,législation et liberté, tome 1)

Par ailleurs, alors qu’un ordre spontané (non décrété) permet d’utiliser au mieux l’information puisqu’il la crée, un ordre décrété détruit l’information en détruisant la valeur qui ne peut exister que si l’individu peut choisir. Or la liberté du choix est précisément ce que les normes positives et contraignantes suppriment.

La société de liberté n’a donc pas de but identifiable. Ceux qui lui en donnent un sont généralement des visionnaires et se croient permis d’imposer leurs propres buts aux individus. Ce faisant ils réalisent moins « l’intérêt général » que le leur. C’est ce qui se passe avec la construction politique européenne. Il ne s’agit pas de créer un espace de liberté car cela ne pourrait se réaliser que d’une seule manière : en réduisant le pouvoir coercitif des Etats sans le remplacer par un autre encore plus tyrannique et éloigné de nous. Il a fallu des dizaines d’années pour en arriver à une entité politique européenne qui est en passe d’avoir tous les attributs d’un Etat-nation. Je suppose que lorsque viendra le prochain traité il faudra de nouveau le ratifier pour ne pas en rester au mauvais traité précédent. Jusqu’à la cerise sur le gâteau : un Etat européen. A partir de ce moment, la tyrannie sera là pour très longtemps.

Le « non », d’où qu’il vienne, sera le signe que l’avenir est encore ouvert. Tant qu’il existe une compétition politique, il vaut mieux être en concurrence avec les gauchistes que supprimer carrément la concurrence et donc le choix libéral clair (ce que nos hommes de l’Etat ont déjà commencé à faire puisque les traités successifs ont quasiment verrouillé la social-démocratie).(3)
(1) Les stupidités anti-libérales de Philippe de Villiers – on pourrait évidemment en dire autant de Nicolas Dupont-Aignan, Charles Pasqua, Jean-Marie Le Pen, Bruno Mégret etc. –, stupidités qu’il assène depuis des années et de plus belle dans cette campagne, sont inspirées par Maurice Allais. Il est loin le temps où Villiers recommandait la lecture de Hayek.

(2)Le point important n’est pas la « spontanéité » des règles mais la nature des règles qui déterminent un « ordre spontané » ou société de liberté. « Bien qu’indubitablement, écrit Hayek, les individus aient suivi des règles qui n’avaient pas été confectionnées délibérément mais s’étaient établies spontanément, il reste que les gens ont peu à peu appris à améliorer ces règles ; et il est au moins concevable qu’un ordre spontané se forme, entièrement fondé sur des règles crées délibérément ».
Cette remarque nous renvoie à la compréhension de la distinction entre les règles et normes qui sont celles d’une société sous commandement (totalitarisme, tyrannie) et celles d’une société libre. Dans une société de liberté, les règles sont « aveugles », comme la justice. Elles sont fondées sur les droits individuels de propriété et ne déterminent pas une fin collective mais définissent ce que chacun a le droit de faire sans préjuger du résultat de la multitude d’actions individuelles. Toute idée contraire relève de la tyrannie.

(3) Complément: http://www.valeursactuelles.com/magazine/tribune/index.php

est-il souhaitable d’uniformiser le droit ?

Pour un libéral, la réponse était claire : il est préférable de laisser les règles se concurrencer pour qu’une pédagogie de la comparaison permette d’éclairer les choix.
Or cette comparaison devient impossible dès lors que, par la loi de la
majorité (article I-25 du projet), une solution unique pouvait être imposée.
Un exemple caractéristique peut être tiré des horaires de travail. La France
a édicté des interdictions de travailler au-delà de 35 heures. La
Grande-Bretagne laisse les travailleurs libres de travailler le temps qu’ils veulent.
L’Allemagne permet aux parties au contrat de travail de déroger à la loi.
Le projet de Constitution, en vertu de l’article III-210 de la section
« Politique sociale », gommait cette diversité en raison des « prescriptions
minimales » fixées par les autorités communautaires.

Est-il souhaitable d’uniformiser les peuples européens ?

De même, est-il souhaitable d’uniformiser les économies ? La vertu de la
concurrence, c’est la possibilité de la découverte de meilleures solutions grâce
aux comparaisons entre divers environnements. Les expressions de « dumping
social » ou de « dumping fiscal » n’ont aucun sens dans un réseau d’échanges
volontaires. Elles masquent le secret et illusoire espoir que l’Europe entière
s’aligne sur les (mauvaises) habitudes françaises, celles qui nous valent entre
autres un chômage massif et durable.

Les autorités européennes ont déjà depuis plusieurs années suivi une
politique d’uniformisation. La seule barrière à ces dérives a été le vote à
l’unanimité. Par exemple, la directive sur le travail temporaire a pu être rejetée
grâce à l’opposition des pays plus libéraux. Avec la règle de la majorité,
cette directive aurait déjà été appliquée.

Enfin, est-il souhaitable d’uniformiser les Européens pour en faire les
citoyens d’une construction politique artificielle ? Le projet par son ambition
d’unification recelait ce poison. Au lieu de poser des principes fondamentaux
visant à limiter le pouvoir face à la personne individuelle, il entrait dans
le détail (ce que ne devrait pas faire une Constitution) et renforçait encore
le pouvoir politique en intervenant dans toutes sortes d’activités humaines,
de l’agriculture et de la pêche à l’éducation et la « laïcité ».

Ce projet était d’inspiration étatiste, niant l’antériorité de la personne
sur la société, fondant les peuples pour les soumettre à un nouvel
État-Providence dirigé par une nomenklatura. Aujourd’hui, les peuples européens aspirent sans doute à autre chose qu’à un pouvoir politique construisant « le meilleur des mondes ».

Pascal Salin est professeur à l’université Paris-Dauphine, Jacques Garello
est professeur émérite à l’université d’Aix-Marseille, Patrick Simon est
avocat au barreau de Paris.

Thérapie de choc

Dans un article intitulé « Les risques du non », Pierre Beylau énumère les catastrophes qui guettent notre pays si la majorité des électeurs rejettent la Constitution européenne.

(…) Cette fois, l’enjeu est crucial. La Constitution est largement d’inspiration française. Sa défaite serait perçue comme celle de la France. L’axe franco-allemand serait soumis à des torsions insupportables. Corollaire : la politique agricole commune, largement financée par Berlin. n’y résisterait sans doute pas. Enfin, la France se retrouverait dangereusement isolée. Beau programme…

La dépêche de Pierre Beylau, Le Point du jeudi 28 avril 2005, p. 53

Force est de constater que « l’axe franco-allemand », qui tente par tous les moyens d’imposer à l’Europe entière son « modèle social » catastrophique, avec son cortège de déficits abyssaux, de destructions massive d’emplois et d’appauvrissement généralisé, est en train d’entraîner l’Europe vers le fond. L’explosion de « l’axe franco-allemand » ne pourrait donc qu’être salutaire pour l’Europe, contrairement aux dires de M. Beylau. D’autre part, la PAC, véritable machine à détruire l’agriculture et à ruiner les contribuables, ne sera pas regrettée en cas d’anéantissement de l’Axe. Last but not least, l’humiliation et l’isolement de la France seraient cathartiques.