Grand débat sans idées

Il est amusant de noter que dès lors qu’on laisse le choix aux Français ils boudent les rendez-vous étatiques: Le « grand débat sur l’école » ne parvient pas à trouver son public, titre Le Monde. Du coup la parole est monopolisée par les syndicalistes… et les débats tournent en eau-de-boudin.

L’opération pilotée par la commission présidée par Claude Thélot mobilise encore moins les parents, à l’exception des militants syndicaux – dont beaucoup sont eux-mêmes professeurs

Les débats, on s’en doute, promettent donc d’être intenses: comme d’habitude des débats gauche-gauche, le jeu étant d’être le plus à gauche possible. Notez que la façon dont la phrase est tournée laisse une ambigüité: les enseignants syndicalistes sont-ils aussi des parents ? Dans ce cas même plus besoin des autres parents, les enseignants syndicalistes parents peuvent tenir un débat entre eux, ils représentent déjà toutes les parties!

« C’est bien de faire ce débat, mais à quoi va-t-il servir ? », interroge un parent. « Le gouvernement veut privatiser l’école », annonce une mère. « Le privé n’a pas plus de moyens que l’école publique, en plus on paye, il faut être vraiment maso pour y mettre ses enfants », lui répond son voisin, père de famille

(débat tenu dans La Beauce)
Le gouvernement veut privatiser l’école. Ah bon ? Ca doit être un gouvernement ultra-libéral alors ? Ceci dit, si la finalité réelle était celle-là, j’applaudirai des deux mains. J’ai plutôt l’impression que l’objectif poursuivi est que devant l’impossibilité d’agir d’une façon non autorisée par les syndicalistes, Luc Ferry a tenté de trouver une légitimité « démocratique » en pratiquant la « démocratie directe »… mais vu que tout le monde se contrefout de ses débats, c’est peine perdue!
Amusante la réflexion d’un père de famille: faut être con pour payer deux fois qu’il nous dit! Evidemment si vous demandez une ristourne d’impôts parce que vous n’envoyez pas vos enfants à l’école publique on vous rira au nez:
– Vous ne payez pas pour vos enfants, ce sont les autres qui le font.
– Et les autres ils payent pour les leurs ?
– Non, c’est vous monsieur qui payez pour ceux des autres!
– vous voulez dire que je paye pour tous les autres à l’exception des miens et vice versa ?
– surtout vice, mais versa aussi parce qu’à l’école publique on est pour la diversité linguistique et l’amitié grammaticale
– ah… (parent interloqué)

Voilà le merveilleux système de la solidarité! Même ceux qui n’ont pas d’enfants raquent. Mais rappelez vous toujours ceci: vous ne payez jamais pour vous, ce que vous recevez vous est offert. Et vous ne payez rien non plus en fait: vous faites un geste citoyen et solidaire.
Pour contourner ce problème dans l’immédiat, avant de privatiser véritablement ce qui devrait l’être, Luc Ferry devrait peut-être penser à rendre l’argent à ceux qui envoient leurs enfants dans le privé sous forme, par exemple, d’une bourse correspondant au coût d’un enfant du même niveau dans le public. Ce qui serait assez amusant c’est que ce serait rentable pour les parents, le prix d’une année de scolarité dans le privé étant étrangement plus faible que dans le public (cf le Tocqueville Magazine)

« Comment lutter efficacement contre la violence et les incivilités ? »
les mains des élèves se lèvent pour demander la parole. « Les personnels de l’établissement ne réagissent pas toujours quand on est embêté », explique un jeune garçon. « Si on sanctionnait pour un simple gros mot, il n’y aurait plus de bagarre », estime un autre. […] Les élèves réclament davantage de sanctions, mais les enseignants sont partagés. « Il faudrait peut-être montrer de façon plus visible qu’on ne laisse pas faire »,estime l’une d’entre elles […] A la fin du débat, aucun consensus n’émerge. Quelques-uns réclament plus de dialogue, d’autres davantage de surveillants, certains plus d’autorité et de sanctions. La synthèse sera difficile.

(débat tenu à La Courneuve, cité chaude d’Ile de France)
Les élèves veulent quoi ? La tolérance zéro, le respect du droit! Oh mais quels réacs ces élèves! De futurs sociaux-traîtres, comme dirait Zek. Les profs se demandent s’il faut sanctionner, montrer qu’on ne se laisse pas faire dit l’une d’elles. Et comment mieux le montrer qu’en agissant ? Faites une démonstration en nettoyant l’établissement une fois par an, disons vers le 20 septembre. Après 2 semaines de cours, hop tous les fauteurs de troubles, DEHORS. Tous. Si d’autres ont envie de prendre la relève, ils sauront à quoi s’attendre.
Evidemment, puisque l’école est publique obligatoire gratuite laïque et socialiste ceci ne peut pas fonctionner à long-terme, puisque les élèves virés retrouveront une école obligée de les accueillir, alors qu’avec une école privée il pourrait y avoir une surprime pour les élèves particulièrement, excusez moi l’expression, chiants! Cela aurait aussi le bénéfice de responsabiliser les parents…
La conclusion du débat est tout aussi amusante: pas de consensus. D’habitude il suffit d’écrire une note sur un post-it: « on mank de moïen » et le boulot est fait. Mais là, comment argumenter contre les demandes des élèves mêmes de sévérité accrue ? De toute façon, la décision leur appartiendra: « « Les enseignants devraient se mettre d’accord entre eux sur ce qu’il ne faut pas tolérer.« . A quoi sert alors le débat ?

Deux animateurs sont présents, avec l’inspecteur d’académie du Val-de-Marne, un de ses conseillers, des cadres de la préfecture. Mais seuls une petite quinzaine de participants se sont déplacés

(débat à Créteil)
L’enthousiasme dans une ville de 80.000 habitants. Heh.

Je me demande comment on les oriente en 3e au collège », renchérit un enseignant en productique. « Qu’avez-vous envie de proposer ? », demande Luc Ferry à la salle. Peine perdue : les enseignants ont du mal à dépasser le constat.

(débat avec Luc Ferry au Raincy).
Alors là on en arrive au tragique. Que proposez vous demande le ministre lui-même. Rien. Ils ne proposent rien. Moi j’ai une proposition à faire au ministre: laissez les familles décider, avec leurs sous.

« Si l’on veut redonner l’égalité des chances à chacun, cela a un coût »… « Il ne s’agit pas de donner plus à ceux qui ont moins, mais le meilleur. » Les profs mènent l’offensive contre le manque de moyens, en particulier l’insuffisance des réseaux d’aide pour les élèves en grande difficulté dans cette région semi-rurale. A la sortie, une mère de famille, qui n’a pas osé prendre la parole, explose. « C’est un débat entre spécialistes », dit-elle. Une autre critique les horaires des réunions, la plupart organisées de 9 heures à midi ou de 14 heures à 17 heures.

(Villefranche sur Cher)
Le manque de moyens. Je l’attendais celui-là. Il faut 1 prof par élève et cet élève doit avoir un ordinateur portable, une connexion internet haut-débit, une carte de transport gratuite, des horaires libres, un conseiller pédagogique, une infirmière, et des locaux pour être à l’aise, et une salle de socialisation pour rencontrer les autres élèves, etc… C’est cela que ça veut dire « le meilleur ». Remarquez que c’est uniquement pour ceux qui ont le moins. Les autres devront se contenter de l’école publique standard.
Quand à la pauvre femme qui a perdu son temps, en prenant peut-être sur ses heures de travail, je comprends sa déception: elle n’a entendu que ce qu’elle aurait pu entendre sur tous les plateaux de télé, dans toutes les manifs, lors de toutes les grèves!

« On voit des élèves à qui on dit depuis des années : « t’es nul », s’indigne une enseignante. Je ne pourrais pas vivre dans cette situation-là, je crois que je serais pire qu’eux. » « Il faudrait bannir le mot « Ã©chec » de l’école », conclut la proviseure

(Fontenay sous Bois)
Débat entre une enseignante et une proviseur (pas de e pour moi)! Ah, le débat démocratique, républicain et populaire… enfin, il est plutôt républicain populaire démocratique là!
Evidemment l’acharnement contre un élève est une chose mauvaise, mais il résulte de l’incapacité des profs à gérer les élèves plus ou moins doués, dans une école conçue pour l’élève moyen. La solution ? interdire le mot échec. Avant d’interdire l’échec ? Et d’en arriver à 40% d’élèves qui ne savent pas compter en 6ème ? Ah mais on y est déjà…

Evidemment avec de tels débat stériles, avec des propositions 100 fois répétées, qui aurait envie de participer ? Les courageux sont peu nombreux, surtout avec des horaires impossibles à suivre pour des gens qui bossent (oui oui, il y en a, sinon comment y-aurait-il autant d’oisifs ?).
De toute façon, que faut-il attendre de ces débats ? des dossiers de synthèse qui ne seront pas lus ? Des dossiers de synthèse qui seront resynthétisés ? Chaque nouvelle synthèse rejetant ce qui ne plaît pas, ce qui sort de l’ordinaire, ce qui n’est pas dans l’air du temps ou dans le goût du ministre ? Ce qui fait de l’ombre aux syndicats ? Ce qui remet en cause l’infaillibilité syndicale ?

Bref, il n’y a rien à attendre de tels débats. Par contre surveillez bien les chiffres de l’enseignement privé. L’an dernier c’était un boom. La tendance va s’amplifier. L’école publique mourra de sa soviétisation.