Le gouvernement Jospin a perdu les dernières élections. C’est visiblement l’analyse faite par les socialistes, puisqu’ils viennent de prendre un sérieux virage à gauche. Les mesures du moment ? Interdiction de licenciement, pénalités financières… La loi de modernisation sociale devrait nous le dire. Le gouvernement Jospin a pris acte de sa défaite aux dernières élections municipales. La semi-victoire de la droite, malgré les défaites stupides de Paris et Lyon, quand même les deux plus grandes villes de France, a donc porté le PS à réfléchir.
Les enquêtes sur la victoire PS à Paris et Lyon faisait ressortir l’importance politique des « bobos », les « bourgeois bohêmes ». Cette nouvelle « catégorie » sociale est composée des 30-45 ans environ, avec un bon job et un bon salaire. En somme, des citadins, très bien intégrés dans la société, aussi bien au niveau des entreprises que socialement. Ils ont des préoccupations « vertes », sociales. Peut être ont ils des remords à avoir réussi ? Peut être pensent ils régler une dette vis à vis du pouvoir qui les a assisté toute leur vie, pendant les études ? A moins que ce ne soit un sentiment de « bienséance » sociale, de politiquement correct avancé qui les pousse à dire « moi je suis pas à droite, le libéralisme c’est mal, aider les pauvres c’est bien ». Les « bobos » vivent cette contradiction sans problème, intégrés comme ils sont dans l’économie mondiale.
Bref, quelles que soient les motivations des « bobos », ils comptent désormais.
Les médias étant définitivement fixés sur les suppressions massives d’emplois à Marks & Spencer (1700) et Lu (2000), la gauche de la gauche occupait le terrain. Jospin a donc cédé et a décidé de leur emboîter le pas. Politiquement, les « bobos » vont ils le suivre ? Pari risqué… Ou mauvaise analyse politique! Jospin va donc tenter de reconquérir un électorat en combattant sa gauche: la ligue communiste révolutionnaire, le parti communiste, lutte ouvrière, et les verts.
La concrétisation de ce virage, c’est la loi de modernisation sociale.
Le président du PS a donc déclaré qu’il fallait « rendre plus coûteuse la décision de supprimer des emplois ». Les entreprises qui réalisent des bénéfices et licencient seront spécialement pénalisées.
Dans une optique différente, mais tout aussi contraignante, l’obligation de validation d’expérience. Comme ces termes ne veulent rien dire, il faut préciser: l’entreprise qui licencie devra délivrer un « diplôme » ou un « certificat d’expérience ». Le flou le plus total quoi!
Mais ce n’est pas tout, Henri Emmanuelli a aussi proposé de pénaliser les « licenciements financiers ». Quid ? « Licenciement financier »: qui vise à faire gagner des points en Bourse. Comme si une restructuration ne se faisait pas au bénéfice d’une productivité plus forte, d’une activité recentrée, bref pour créer de la valeur à terme. Logique que les marchés financiers réagissent de façon positive: le cours d’une action c’est tout simplement les flux actualisés des cash flows futurs (cf mes cours de finances!).
Les entreprises qui licencieront seront aussi privées de subventions publiques (enfin je suis d’accord avec une mesure!), si elles le font de façon « abusive », et Julien Dray ne précise pas ce qui est abusif…
Lionel Jospin y est aussi allé de son couplet puisque lui souhaite tout simplement que « les décisions des grands groupes soient contrôlées et limitées« . Il va s’improviser directeur des Ressources Humaines de Danone et directeur financier de Marks & Spencer alors ?
Bref, avec ces mesures, on devrait voir encore plus de licenciements chez nous. Et même mieux: qui embauchera en France, qui construira une usine en France s’il devient impossible d’y licencier ?
Espérons que le calcul politique de Jospin soit faux, que les « bobos » ne le suivront pas, ce qui est fort probable. Dans ce cas, sa candidature à la présidence de la République serait fortement compromise…