Louable initiative

D’habitude, les antimondialistes, anticapitalistes, humanistes autodécrétés, et autres socialistes de tout bord s’occupent du capitalisme par la seule méthode qu’ils connaissent: la violence. Celle de la rue, comme José Bové, celle des impôts comme Fabius ou Juppé, ou par le biais d’organisations para-étatiques comme l’ATTAC qui mènent une campagne pour de nouvelles taxes.
Amy Domini n’est pas de ceux-là. Pour imposer sa vision d’un capitalisme « juste », elle a tout simplement choisi… d’être capitaliste elle-même. Rappel historique

Dans les années 60-70, le gouvernement des Etats-Unis mène une guerre, une guerre contre le communisme, au Viêt-Nam. Cette guerre est loin d’être populaire: elle coûte très cher, elle fait un grand nombre de victimes, aussi bien américaines que viêtnamiennes (civiles et militaires). L’opposition à la guerre manifeste, de façon violente parfois, réprimée par un état violent lui aussi, la Garde Nationale (sensée protéger la population) tuant même à plusieurs reprises.
C’est à cette époque que les premiers fonds d’investissements « Ã©thiques » apparaissent: les opposants ne voulaient pas financer des entreprises qui construisaient les armes diverses employées au Viêt-Nam.

Amy Domini a repris à son compte cette formule, créant un fonds d’investissement en 1990, le Domini Social Equity Fund. Dans un entretien à Time elle déclare: « faire de l’argent, c’est différent d’en voler ». En fait, les compagnies qui adoptent certains comportements « voleraient » le « bien public »: pollution, « exploitation » de la misère, jeux, produits nocifs pour la santé.

Après dix ans d’activité, son fonds gère près de 2 milliards de dollars, et fait aussi bien que l’indice S&P 500. Les entreprises qui répondent aux critères sociaux définis par Amy Domini forment elles mêmes un indice le « Domini 400 Social Index ».
Le fonds est donc une réussite économique, quand aux résultats sociaux, elle en est la juge, ainsi que les actionnaires qui lui font confiance! Elle-même avoue que l’activité des entreprises est incontrôlable en totalité: « il n’y a pas vraiment d’informations fiables pour savoir dans quelles conditions les multinationales font fabriquer leurs produits dans les pays émergents » (Le Monde). Etre dans le fond suppose donc respecter certains critères mais aussi prendre des engagements pas forcément vérifiables! Mais chaque année des entreprises font les frais des enquêtes du fonds Domini: entreprise énergétique pollueuse ? exit! D’autres ont manqué de transparence, croyant peut-être pouvoir s’offrir une virginité à peu de frais. Raté!

Ce type d’initiative peut être vue de façons diverses: certains argumenteront, à juste titre, que les « sweatshop » qu’Amy Domini dénonce permettent actuellement à des gens de vivre, que les fumeurs se font du mal volontairement, etc. D’autres critères comme la diversité ethnique des dirigeants sont contestables aussi: promouvoir les quotas me semble, personnellement, une bien mauvaise idée pour les minorités: accorder des passes droit en fonction de leur race, voilà bien une action raciste! D’ailleurs les déclarations sur le « public welfare », l’ « intérêt général », voilà des notions rejetées en bloc par les libéraux. L’intérêt général de qui ? (comme disait Rothbard ?)
Mais quelle que soit les positions que je puisse avoir sur ces problèmes, là n’est pas la question: la question est: ce type de fonds violent-ils les droits de quelqu’un ?

Il se trouve que les entreprises sont les propriétés des actionnaires. Ils peuvent en faire ce qu’ils veulent, évidemment les bonnes décisions sont récompensées par la réussite, c’est à dire que les fonds investis fructifient, et les mauvaises finissent par tuer les entreprises, et les fonds sont perdus. Le but des fonds sociaux est d’influencer les décisions prises par les managers: après tout, si les actionnaires veulent du social, les managers peuvent leur en donner. Mais l’intérêt des actionnaires est aussi d’avoir un retour. L’initiative d’Amy Domini consiste donc à utiliser le capitalisme pour le rendre « meilleur ».

J’approuve une telle initiative. En fait, que je l’approuve ou non importe peu: elle a le droit de le faire. J’approuve car elle n’utilise pas la violence, car elle ne prend pas appui sur des groupes de pression politiques, sur l’état et les organismes internationaux, toujours prêts à faire du « social » sur le dos de tout le monde. Si les entreprises socialement « correctes » perdent de l’argent ou font faillite, seuls les actionnaires ayant fait confiance à Amy Domini perdront de l’argent. Si les boss du FMI mettent 50 milliards de dollars dans un état qui ne rembourse pas ses dettes, tout le monde aura perdu. Nous sommes bien loins de la prétendue « dictature des marchés ».
D’autre part, les fonds sociaux utilisent leur image « propre » pour attirer de nouveaux investisseurs, et comptent aussi sur les performances boursières pour prouver que bien gérer une entreprise n’est pas incompatible avec le « social ». Pas question de solidarité obligatoire ou de lois sur le dumping social: les investisseurs sont libres d’entrer ou de quitter le fond.
Enfin, si la valeur qu’attribuent les actionnaires d’Amy Domini au « social » est élevé, ils peuvent tout aussi bien choisir de gagner moins d’argent, voire même d’en perdre un peu de temps à autre pour des raisons non-économiques. En somme la valeur « détruite » par les mauvais investissements correspondra en fait à une consommation de « social » par les investisseurs: un peu comme quand vous donnez à une oeuvre de charité!

Quand Amy Domini a commencé son activité au début des années 90, il n’existait pas de tels fonds. Certains investisseurs à titre privé pratiquaient des restrictions volontaires, mais cela ne constituait pas en soi un « business ». Maintenant il y en a plusieurs centaines, et les grands groupes de gestion de capitaux ont même les leurs, au même titre que d’autres produits financiers à placer auprès de leur clientèle.
Cette explosion a eu lieu sous le règne de la dictature des marchés. Un peu comme si des centaines de partis politiques avaient éclos en Union Soviétique sous Staline. En tout cas c’est ce que soutiennent les révolutionneux qui battent le pavé: nous serions sous le diktat des organismes financiers. Je les encourage à rejoindre le camp de la liberté, et à affirmer leurs préférences d’une façon qui ne lèse personne: messieurs d’ATTAC, créez votre propre fonds d’investissement!