L’idée que l’Etat serait un dernier recours, un filet de protection nécessaire aux personnes les plus vulnérables est presque unanimement admise, y compris par la plupart des libéraux.
Dans cette optique, la gestion d’un certain nombre de risques dépasserait les capacités du marché, et il faudrait donc que l’Etat s’en charge. Les risques cités en exemple concernent notamment la santé: accidents graves suivis de paralysies, maladies génétiques incurables exigeant des soins coûteux, etc.
Cette idée, version allégée de l’Etat-providence, est erronée comme toutes les autres justifications de l’Etat. Elle n’est en fait que la manifestation d’une réticence à penser de manière dynamique.
Comme lÂ’explique Hans-Hermann Hoppe:
« Si je ne sais absolument rien de cet événement singulier —cette tasse va se casser, cet avion s’écraser, ma maison sera détruite dans deux ans par un tremblement de terre— et par conséquent ne puis absolument pas prédire ni modifier aucun événement de ce genre, je peux pratiquement tout savoir de la classe d’événements dans son ensemble (Â…). Je peux savoir, à partir d’une observation des distributions de fréquences à long terme, que les avions d’un certain type s’écrasent avec telle régularité, qu’une tasse produite sur dix mille est défectueuse, que les machines de tel ou tel modèle fonctionnent dix ans en moyenne, et qu’un tremblement de terre frappe en moyenne telle région deux fois par an, détruisant, dans le long terme, un pour cent du
parc immobilier par année. Si bien que, même si l’événement singulier continue à me prendre au dépourvu, je sais presque certainement que des surprises de ce genre existent et quelle est leur fréquence.
(Â…)
Aucun d’entre nous ne sait qui sera touché par le risque en question, mais à partir de la fréquence objective à long terme des tornades et de leurs ravages telle qu’on la connaît pour l’ensemble de la région, il est possible de calculer une prime contre paiement de laquelle chacun d’entre nous pourra s’assurer contre ce risque-là .»
Pour résumer, retenons que dès qu’il y a probabilité de classe, il y a possibilité d’assurance.
En ce qui concerne l’assurance automobile, par exemple, il se trouve peu de gens pour penser qu’il faudrait qu’elle fasse l’objet d’un monopole public. En effet, le marché de l’assurance automobile fonctionne à peu près bien: les assureurs font leurs calculs, proposent leurs tarifs et remboursent les accidents des assurés. De leur coté, les automobilistes cotisent sans grosse surprise d’une année à l’autre, et sont remboursés en cas de sinistre. La concurrence fait pression sur les tarifs des assureurs, permettant ainsi un accès à des tarifs raisonnables à la masse des consommateurs. L’Etat est ici strictement inutile et toute ingérence de sa part ne pourrait que fausser la concurrence et augmenter les coûts qui se répercuteraient au final sur les consommateurs.
Etrangement, pour certains risques particuliers, la plupart des gens pensent qu’il ne peut en être ainsi. Prenons par exemple le risque de naître avec une maladie génétique très grave, nécessitant un traitement permanent et très coûteux. Des voix s’élèvent en cœur pour prétendre que dans ce cas, il faut évidemment que l’Etat se charge du problème, car sinon, les pauvres malades mourront dans la rue faute de soins.
Pourtant, il existe une probabilité de classe concernant les maladies génétiques, – une fréquence. On sait quÂ’une personne sur cent mille va naître avec la maladie X, une personne sur un million avec la maladie Y, etc. Il est donc tout à fait possible de calculer le coût dÂ’une assurance contre le risque de naître avec telle ou telle maladie. Imaginons quÂ’une personne sur cent mille naisse avec la maladie X dont le traitement coûte mille euros par mois, tout au long de la vie. Sur la base dÂ’une espérance de vie de quatre-vingts ans, le coût du traitement serait donc dÂ’un million dÂ’euros environ. Si on part sur une base de cinq cent mille naissances par an, il faudrait donc que chaque femme enceinte cotise à hauteur de dix euros pour garantir son enfant à naître contre le risque spécifique lié à cette maladie (en réalité, beaucoup moins, car le million en question est à verser progressivement sur une longue période. Il faudrait donc faire un calcul actualisé des flux futurs pour avoir une idée plus précise, mais ce nÂ’est pas lÂ’objet ici). Il faudrait bien sûr que cette assurance soit souscrite avant la possibilité de détection de la maladie, car sinon on sortirait de la classe de risque, et il nÂ’y aurait plus dÂ’assurance possible. Il est probable que lÂ’assurance devrait être souscrite avant le début de la grossesse, pour que la prime soit raisonnable. Il sÂ’ensuit que les gens les plus prévoyants payeraient moins cher que les autres, sur le long terme.
Il est possible d’affiner ce calcul, en fonction des antécédents familiaux, du sexe, de l’age des parents, etc… et les mêmes objections vont ressurgir, appelant les mêmes réponses : qu’adviendra-t-il pour les couples appartenant à des familles « à risque » ? Car il n’y a pas à douter que les compagnies d’assurance poseront des questions avant de signer un contrat. Là encore, « appartenir à une famille à risque » est un risque qui possède une probabilité de classe. Imaginons que j’ai un enfant de deux ans. Peut-être aura-t-il lui-même des enfants avec une personne à risque. Devra-t-il renoncer à épouser la personne de ses rêves sous prétexte qu’il y a un terrain génétique fragile dans la famille de celle-ci ? Non, si je souscrit une assurance contre ce risque-là . Je peux également assurer mes futurs petits-enfants. Bien sûr, plus ces assurances sont souscrites tôt, plus les primes sont faibles. Ai-je peur que mes enfants se droguent et n’aient pas les moyens de payer une cure de désintoxication ? Une assurance est possible, etc.
Le fait d’assurer des personnes à naître évite tout risque pour elles d’ «oublier» ou d’être dans l’incapacité de s’assurer elles-mêmes. Même les paresseux irrécupérables –pour autant qu’il y en ait- survivraient probablement sans travailler dans un monde où le marché de l’assurance serait développé. Rien n’empêche que des parents suffisamment soucieux de leurs enfants à naître cotisent –éventuellement à leur insu- pour leur assurer une petite rente à vie pour le cas où ils seraient trop peu enclins au travail. Dans un monde où le chômage n’existe pas (caractéristique d’un marché du travail déréglementé), il y aurait de toutes façons peu de candidats à la paresse et les cotisations de ce genre seraient donc assez faibles.
Un système d’assurance libre incite à la prévoyance à long terme, créant même avec le temps une culture de la prévoyance et de la raison dans les familles et les groupes sociaux. Un tel système renforce également la solidarité intergénérationnelle, la seule et vraie solidarité, celle qui est libre et volontaire. Car contrairement à ce qu’on entend souvent, la solidarité intergénérationnelle n’existe pratiquement pas dans le monde d’aujourd’hui. Elle a été tuée dans l’œuf par l’intrusion de l’Etat et sa solidarité factice, au point que les gens n’arrivent même pas à la concevoir.
C’est donc vers une société solidaire que tend la société libre, une société d’interrelations étroites, ou chacun est assuré contre tous les risques connus et quantifiables, y compris avant sa propre naissance.
On pourra crier à la complexité : en effet, faut-il donc connaître tous les risques possibles et imaginables, signer des milliers de contrats, chercher pour chacun le plus bas prix ? Certainement pas, et à terme, lÂ’offre ne se fera pas point par point, mais globalement. On sera assuré par un nombre réduit de contrats globaux contre quantité de maux et de risques. Il y aura des assurances « tous risques santé » comme il y a aujourd’hui des assurances « tous risques automobile ».
Je le répète : dès qu’il y a probabilité de classe, il y a possibilité d’assurance et l’Etat est inutile.
Mais qu’en est-il des risques à la fréquence inconnue ? Qui voudra nous assurer contre eux ? Certainement pas une compagnie privée, j’en conviens. Mais pas davantage l’Etat. Si par exemple des extraterrestres belliqueux envahissent la Terre, qui assurera votre maison contre les ravages occasionnés ? Probablement personne, et ne comptez pas sur les hommes de l’Etat pour vous indemniser : ils seront trop occupés à négocier leurs avantages personnels au détriment du vôtre.
Plus sérieusement, il se trouve que les seuls risques très difficiles à quantifier sont les risques… politiques, créés par les hommes de l’Etat eux-mêmes. Encore une fois, les hommes de l’Etat prétendent être la solution à des problèmes qui n’existeraient pas sans eux.
Il faut le marteler sans cesse : l’Etat n’est pas une divinité, c’est une institution humaine, composée d’hommes qui poursuivent des buts personnels et cherchent à maximiser leur profit personnel. Des hommes moins honnêtes et moins scrupuleux que les autres, voilà tout. Pourquoi diable penser que ces gens puissent détenir et mettre en œuvre la solution à un problème quelconque ?
On ne manquera pas de me faire remarquer que même si ce que j’ai écrit plus haut était réaliste et souhaitable, il n’en demeurerait pas moins qu’actuellement, rien de comparable n’existe ; que si aujourd’hui, on supprimait tout monopole et toute réglementation en matière de santé, de nombreux laissés-pour-compte s’en trouveraient fort embarrassés. Cette remarque appelle deux réponses : la première est que d’un point de vue moral, l’existence d’une injustice passée ne peut servir de justification à son maintien. Quand l’esclavage a été aboli, de nombreux exploitants de canne à sucre ont été ruinés : il se trouve simplement qu’ils n’auraient jamais du s’enrichir. De même, les gens qui comptent sur un système d’extorsion comme l’est la « Sécurité Sociale » pour se soigner aux frais des autres, ne pourraient s’en prendre qu’à eux-mêmes si celui-ci disparaissait brusquement avec ses promesses de paradis terrestre. La deuxième réponse est que la transition entre la servitude et la liberté –car c’est bien de cela qu’il s’agit- n’est pas spécifique à mon présent propos : elle concerne toutes les activités de l’Etat, de la production de chaussures à la production de monnaie. Le désengagement de l’Etat laisse toujours place au chaos qu’il a maintenu par la force et masqué par l’intensité de sa propagande. Il est toujours douloureux pour ceux qui vivaient au chaud sous son aile, en comptant sur la générosité des victimes. La sécurité factice entretenue à coups de trique par les hommes de l’Etat peut à tout moment disparaître, ce qu’elle finit toujours par faire le jour où les caisses sont bel et bien vides. On ne saurait s’en étonner quand on a compris que ceux qu’on appelle ordinairement des « responsables » sont en fait structurellement irresponsables. On ne peut mettre en avant les difficultés et même les dégâts éventuels occasionnés par la transition pour maintenir le statu-quo.
La véritable sécurité ne peut provenir que de la liberté d’assurance, fondée sur le contrat volontaire entre individus libres et responsables. Tant que l’homme sera l’homme, aucune contorsion de langage, aucun appel aux sentiments, aucune construction sociale n’y pourront rien changer.
Laurent avait déjà donné un élément de réponse qui m’avait satisfait dans le fil sur la régulation dans le système de santé suisse. Mais là je dois dire qu’on ne pouvait pas demander mieux que cette explication là . Merci.
Je n’étais sans doute donc pas loin en supposant que le passage d’un système étatiste à une société libre ne pourrait pas se faire sans dégats « collatéraux », dégât que l’on ne pourraient éviter à cause de l’insouciance d’une partie de la population trop habituée à ne compter que sur Maman état. Du moins ce cas de figure ne se produirait que si un chamboulement quelconque obligeait la société à passer directement du système socialiste en phase terminale, à un système libre.
Ce qui a de fortes chance de se dérouler est je pense, la réduction progressive de l’état. La notion de responsabilité serait acquise par une part de plus en plus importante de la population et la multiplication des assurances en tout genre rendrait la transition plus douce, bref avec le moins de dégats possibles.
Pour résumer, le schéma
[Etat Obèse]->[Etat minimal]->[Société libre]
a plus de chances de se produire que
[Etat Obèse]->[retrait de l’Etat]->[chaos laissé par l’état]->[Société libre]
Enfin… c’est mon opinion je préfère être optimiste ;-)
« Ce qui a de fortes chance de se dérouler est je pense, la réduction progressive de l’état. »
Tout à fait, c’est un peu l’optique que j’adoptais dans mon précédent article de prospective
Réflexions sur l’anarcho-capitalisme.
Je ne suis pas certain de partager cet optimisme (ou du moins pas tous les jours). Ce qu’on observe depuis au moins un siecle est strictement l’inverse, a savoir un accroissement continu de l’Etat ( en dehors de quelques repits bienvenus – Thatcher au UK, Reagan aux US ou Chretien au Canada).
Hoppe decrit d’ailleurs tres bien comment un « petit etat » finit inmanquablement par grossir (d’ou l’incoherence des minarchistes). L’Etat grossit-il jusqu’a ce qu’il implose (comme l’URSS et les pays de l’Est), ou sait-il maintenant jusqu’ou il peut aller pour maintenir une tyrannie maximum sans imploser? Et si l’Etat a implose, le nouveau systeme evolue-t-il vers une social-democratie (voire pire), ou vers la liberte?
Je pense que rien n’est ecrit. L’avenir des pays de l’Est d’une part, et de la France d’autre part, nous donneront des indications.
La seule maniere de sortir de ces processus infernaux est un evenement « catastrophique » (au sens de la theorie du chaos) : qu’une « masse critique » de personnes attachent une valeur suffisamment elevee a la liberte pour vouloir en sortir, et qu’elles soient pretes a payer le prix ultime de la liberte : la responsabilite.
L’obstacle majeur au recul de l’Etat est que trop de gens sont en fait prets a se decharger du « fardeau » de la responsabilite, si difficile a porter, meme au prix de leur liberte.
Reste donc a promouvoir la valeur « liberte »…Vaste programme!
Je ne partage pas non plus l’optimisme de Mickaël. Il suffit de regarder
autour de nous : l’Etat est de plus en plus présent et à tous niveaux. Et puis
il suffit aussi de connaître un peu la nature humaine bien décrite par
exemple par la fable de La Fontaine Le loup et le chien : la liberté est un
fardeau trop lourd à porter et une responsabilité trop difficile à assumer.
Comme le chien de la fable, les gens ordinaires préfèrent leurs chaînes à la
liberté.
On constate en effet un accroissement de l’Etat depuis deux siècles et nulle
part on ne voit l’Etat régresser (sauf à l’Est où le communisme s’est
effondré mais Poutine est-il moins étatiste que Kroutchev ?)
Cela me fait penser à une réflexion très juste de Nietzsche – je crois que
c’est dans La volonté de puissance – disant en substance qu’il ne voyait
pas la théorie darwinienne (la sélection au profit des plus forts) se réaliser
autour de lui. Bien au contraire, disait-il, partout perpétuation de la
médiocrité et attention particulière aux faibles, aux déshérités, etc.
Il y a là beaucoup d’enseignements à tirer.
Il y a toujours grand intérêt à être réaliste et à voir le monde tel qu’il est
plutôt que tel que nous voudrions qu’il soit.
Emma
« Il y a toujours grand intérêt à être réaliste et à voir le monde tel qu’il est plutôt que tel que nous voudrions qu’il soit. »
Oui.
Il n’existe pas de nos jours une majorité importante de libertariens prêts à échanger volontairement, sans vol, fraude, ni violence, mais une majorité qui pense que la meilleure façon d’obtenir quelque chose c’est de la prendre, directement et indirectement.
Il y aura toujours plein d’intellectuels pour leur fournir des justifications.
D’où l’irréalisme et l’incohérence non des minarchistes mais de HH Hoppe, même s’il indique la bonne direction. Les minarchistes sont parfaitement conscients que conserver cet état de minarchie demande un combat de tous les instants à défaut de rêver une sympathique humanité libertarienne.
Mises disait « le libéral n’est pas plus contre l’État, que contre l’acide sulfurique. Il faut en connaître le mode d’emploi et ne pas se laver les mains avec l’acide sulfurique. »
Ne pas répéter non plus les bêtises de Nietzsche sur la théorie darwinienne (la sélection au profit des plus forts).
C’est trop long à expliquer. Juste un point. Au niveau le plus élémentaire, c’est « survival of the fittest » à travers leur production plus importante de descendants viables. « The fittest » : les individus mieux adaptés, bis : les mieux adaptés, pas forcément les plus forts.
Ainsi « the fittest » : les petits mammifères et non les dinosaures à une certaine époque. Ainsi l’imam de Vénissieux, 16 enfants, et non MM de Villepin et Delanoë.
A+
C’est ce que pense aussi, c’est pourquoi je ne comprend pas vraiment pourquoi même un état réduit à son strict minimum serait forcément amené à redevenir obèse. Car logiquement, les dirigeants à la tête d’un état minimal (donc police/justice/armée) seraient des personnes ne voulant absolument pas que l’état dépasse à nouveau ces prérogatives, et ils feraient tout pour que cet état de fait reste definitif, sans pour autant qu’il soit exclu que l’état se désengage totalement tot ou tard. Mais pour les minarchistes comme moi par exemple, la façon de gérer les concept de nation, de frontière ou d’immigration dans un contexte de société libre est sans doute encore trop flou. Ou alors faut-il renoncer au concept de nation en même temps que l’on renonce à l’état ? J’avoue que je ne saisi pas encore bien ce point là .
« je ne comprend pas vraiment pourquoi même un état réduit à son strict minimum serait forcément amené à redevenir obèse »
C’est très difficile qu’il ne le devienne pas surtout en régime démocratique.
Ce pb a été longuement discuté par Anthony de Jasay dans « The State » – en ligne quelque part. Google
Il y a aussi une très intéressante discussion sur la nature de l’Etat selon le groupe qui le contrôle : les consommateurs, les propriétaires ou les employés, dans « The Sovereign Individual » de James Dale Davidson et William Rees-Mogg- un livre à faire hurler le politiquement correct. – En démocratie ce sont les employés ou pseudo-employés , i.e. ceux qui reçoivent de l’État, qui le contrôlent.
Si le sujet de l’État t’intéresse tu trouveras une bibliographie sur mises.org
Ten Books on the State
by Alberto Mingardi
Complément :
Lire
« Il y a aussi une très intéressante discussion sur la nature de l’Etat selon le groupe qui le contrôle : les consommateurs des services fournis par l’État, les propriétaires de l’État, ou les employés de l’État »
pleutre anonyme, il serait judicieux de vous choisir un pseudo.
Merci pour vos excellents commentaires.
La boulimie est une qualité intrinsèque de l’Etat. Comme toute entité vivante, son objectif est de vivre et non de mourir, de se développer et non de s’atrophier. D’autant plus que la puissance est une autre de ses qualités intrinsèque.
Comment imaginer qu’un groupe de personnes, possédant le monopole de la force, puisse décider de lui même de limiter strictement son action ? C’est tout simplement impossible, car contraire à sa nature même. En détenant le monopole de la force les hommes d’Etat n’ont tout simplement pas la même nature que les autres hommes. Il en découle logiquement que leur comportement se conforme à cette nature et l’exploite au mieux.
Vous avez déjà vu un loup qui a renoncé à utiliser ses griffes et ses crocs. Et bien il meurt. De même pour l’Etat qui refuserait de se servir de la violence.
Il ne peut pas exister d’Etat minimal, du moins dynamiquement. Par contre le passage par ce stade est possible et serait même à mon sens souhaitable dans une société qui évoluerait vers une société libre.
« Il ne peut pas exister d’Etat minimal, du moins dynamiquement. Par contre le passage par ce stade est possible et serait même à mon sens souhaitable dans une société qui évoluerait vers une société libre ».
Pour ce qui me concerne je vis dans un territoire (polynésie) où l’état était minimal et ne fournissait que police justice et en quelque sorte une cohorte de fonctionnaire de l’éducation. Ces services sont financés par la métropole. On observe depuis 20 à 30 ans la naissance d’un état local avec une nette accélération depuis 1998. La méthode observée est : création de ressources fiscales (TVA, le pactole) et distribution des recettes à des clientèles électorales plus ou moins bien ciblées (vous pouvez suivre un peu l’actualité politique locale chez vous) Bref on est passé en 20 ans d’un prélèvement de 10% du PIB à 25 ou 30 actuellement avec une accélération nette récente qui va de pair avec l’augmentation des pouvoirs locaux. Les recettes sont celles de métropole : aides aux plus faibles,création des systèmes sociaux, subventions aux entreprises, flambée du SMIC….. Tout ceci malgré une énorme résistance des particuliers et de nombreux entrepreneurs. Mais la corruption est très importante pour acheter les électeurs et on peut s’attendre une fois que l’impôt sur le revenu progressif sera établi à une baisse de cette corruption active car tous les outils permettant le pouvoir des politiques seront là .
Comme dit Emma il faut voir le monde tel qu’il est et ce que je vois ne me donne aucun espoir et me mène à penser que l’option minarchiste n’est pas la bonne.
« D’où l’irréalisme et l’incohérence non des minarchistes mais de HH Hoppe, même s’il indique la bonne direction. Les minarchistes sont parfaitement conscients que conserver cet état de minarchie demande un combat de tous les instants à défaut de rêver une sympathique humanité libertarienne.
Mises disait « le libéral n’est pas plus contre l’État, que contre l’acide sulfurique. Il faut en connaître le mode d’emploi et ne pas se laver les mains avec l’acide sulfurique. »
——————
La philosophie politique de Mises existe-t-elle ? J’en doute. Qu’il ait une économie politique, là d’accord. Mais une philosophie politique requiert bien plus qu’un choix subjectif pour la prospérité et le bien-être. Choix que fait Mises et qu’il tente de rendre objectif et rationnel sur la base d’une justification utilitariste (comme l’a bien vu Rothbard dans « l’éthique » pour en montrer l’impossibilité).
Quant à Hoppe, je ne vois pas où est l’incohérence de sa philosophie politique. Que les conséquences logiques de cette philosophie soient anarchistes, c’est un fait. Ce qu’il a démontré est que l’anarchisme est juste, que toute forme d’organisation politique (donc coercitive) est injuste. Vous me répondrez peutêtre: mais ça veut dire quoi « juste » ? A peu près la même chose que pour les minarchistes. Sauf que ces derniers acceptent de faire une entorse à leur critère de justice. L’incohérence est donc du côté des minarchistes.
Quant au réalisme, je réponds que ce qui est illogique est irréaliste cà d viole la logique de la nature des choses. C’est tout simple. L’irréalisme c’est par exemple vouloir construire un édifice architectural sans respecter les lois physiques. Un jour il s’écroulera, sauf si tous les jours on le reconstruit morceau par morceau. L’idée même de l’édifice est irréaliste. Il devrait tenir debout tout seul mais, comme l’Etat minarchiste, il ne le peut pas. Alors l’irréalisme est là encore du côté des sympathiques minarchistes.
Tout à fait d’accord, Pleutre (Hyène libérale ?), pour reconnaître avec vous
que ce sont ceux qui se reproduisent – même s’ils sont dépourvus de
griffes – qui peupleront la terre de demain. « Ainsi l’imam de Vénissieux, 16
enfants, et non MM de Villepin et Delanoë. » C’est une réalité on ne peut
plus crue. Par conséquent, nos sociétés riches et vieilles sont d’ores et déjÃ
condamnées. Si elles ont encore de beaux restes elles ne sont déjà plus
qu’une illusion, un masque grimaçant sur des chairs pourrissantes. Et je
parie quelques euros que les 16 enfants de l’Imam de Vénissieux ne seront
pas libéraux demain.
D’autre part, nous subirons l’Etat dans sa forme actuelle ou sous une autre
encore longtemps car ceux qui recoivent de Lui ne sont pas prêts à céder
un gramme de cette manne. D’autre part, le pouvoir est trop séduisant,
euphorisant, etc. pour qu’il soit abandonné par ceux à qui il donne
l’impression de peser sur les autres (il pèse effectivement au travers de
l’impôt et de toutes les mesures coercitives que nous connaissons) et Ã
nous, que reste-t-il ? Le sentiment de penser juste, certes, mais à quoi bon
avoir raison tout seul ?
Vous parliez en d’autres temps de semer le trouble avec quelques idées
libérales toutes simples. Je les attends encore.
Emma
Je suis en complet accord avec M.M. sauf sur le point :
« CÂ’est donc vers une société solidaire que tend la société libre, une société dÂ’interrelations étroites, ou chacun est assuré contre tous les risques connus et quantifiables, y compris avant sa propre naissance ».
Et je ne pense pas que ce soit une question de mot.
Je dirai que comme l’Etat, la société est une fiction. La société est à l’état instantané du processus des associations libres des êtres humains ce que l’Etat est à l’état instantané du processus d’organisation des hommes qui ont – acquis ! – la capacité d’agresser certains de leurs semblables qu’ils prétendent protéger ou celle de stipendier d’autres pour la même raison, mais « avec l’argent des premiers ».
Il n’y a pas plus de société libre que d’Etat libre. Ce sont les hommes de l’Etat et les « étatistes » qui tendent à faire croire qu’il y a une société. Ils font croire, avec le succès qu’on sait, que leurs actions d’agression permettent que la société soit libre et que s’ils ne menaient pas leurs actions, la société ne serait pas libre (ces dernières années, ils ont tendu aussi à faire croire qu’il y aurait une opinion…).
Dans la perspective de M.M., qui est aussi la mienne, celle de la gestion de l’ignorance – de l’incertitude non déterministe – de l’être humain (comme M. Jourdain et la prose, on fait à chaque instant de la gestion de l’ignorance sans le savoir), il convient de distinguer le processus de l' »assurance mutuelle » et celui de la « non assurance ». Par « non assurance », il faut entendre tous les moyens que l’être humain avait découverts et employés pour gérer son ignorance de la réalité avant de découvrir l' »assurance mutuelle » au sens moderne – fin XVIIè début XVIIIè – et qu’il a continués à améliorer jusqu’à aujourd’hui, en parallèle avec ceux de l' »assurance mutuelle ». Parmi ces moyens de « non assurance », on peut citer : la famille, les règles de droit, les fonctions de l’organisation mise sur pieds et dénommée « Etat » !
(suite et fin).
Le fait est que l’organisation de l’Etat a échappé à ses créateurs, les êtres humains (je renvoie MM en particulier à Hoppe, 1995, « les élites naturelles, les intellectuels et l’Etat »), ses hommes ont augmenté ses dimensions et le zénith a été atteint au XXè siècle.
Conscients de l’ombre que le processus de non assurance – i.e. les autres moyens de non assurance – lui faisait et de l’ombre supplémentaire que le tout nouveau processus de l’assurance mutuelle lui faisait tout autant, les hommes de l’Etat ont combattu ces autres moyens et processus aux XIXè et XXè siècles.
Et ce seront :
– les atteintes à la famille,
– les atteintes au droit de propriété,
– les atteintes à la responsabilité,
– les atteintes au contrat,
voilà pour les moyens de non assurance (et cela continue aujourd’hui) ;
– les multiples atteintes au processus d’assurance mutuelle qui en France prendront, entre autres, en 1945, les formes particulières des étatisations des firmes d’assurance et la création de l’organisation de sécurité sociale obligatoire.
Bref, dans la perspective de M.M. qui est la mienne, l’Etat n’est rien d’autre qu’un moyen de non assurance qui n’a plus l’efficacité qu’il a pu avoir quand il a été créé, voire à certaines autres époques, que les hommes de l’Etat tendent à faire survivre par les pires moyens et qui porte des atteintes de plus en plus graves aux êtres humains, via les atteintes qu’il assène aux processus d’assurance mutuelle et de non assurance.
A fortiori, l’Etat ne saurait être une organisation de dernier ressort (de prêt ou de quoi que ce soit de bénéfique).
Une chose est certaine : il a été au XXè siècle l’organisation de premier ressort pour le massacre des êtres humains et pour la destruction de la pensée de l’être humain libre.
Merci Georges, pour ces précisions.
Cependant, je ne comprends pas très bien en quoi ce que vous dites est à opposer à ce que j’ai dit moi-même. En effet, je vous suis sur le fait que l’Etat et la société sont des fictions (des « façons de parler »), mais il n’empêche que c’est un moyen bien commode de désigner certaines réalités.
Quand je parle de « société solidaire », je prétends simplement que si cette expression doit avoir un sens, ce ne peut être que dans le contexte de liberté dont je parle, où un noeud de relations contractuelles assure que chacun soit relié aux autres par des intérêts communs. J’appelle simplement cette situation « société solidaire », et j’affirme à l’inverse qu’en aucun cas et quelle que soit la manière de retourner les mots, il n’y a pas moyen de voir dans une société socialo-communiste la moindre « solidarité ».
Mais peut-être notre désaccord est-il ailleurs, peut-être pensez-vous qu’une « société » plus libre ne serait pas caractérisée par un maillage contractuel très dense, et dans ce cas je suis intéressé par votre avis sur la question.
A vous lire.
Cher MM
Comme je l’avais écrit, je suis en accord complet avec le raisonnement que vous avez suivi sauf sur le point que j’ai relevé et qui n’est pas pour moi qu’une question de vocabulaire, mais une question de méthodologie.
« l’Etat et la société … moyen bien commode de désigner certaines réalités. », écrivez-vous dans le post précédent.
J’espère que vous me pardonnerez d’être pédant, mais je ne trouve pas commode le moyen, il tient en vérité du « holisme » que nous condamnons et constitue un véritable piège : il consiste à passer sous silence les réalités sur quoi ces résultats reposent, les causes dont ils sont les effets.
Et, en particulier, quiconque a l’esprit biaisé par la doctrine socialo-communiste ne pourra sortir des tentacules de la pieuvre et comprendre l’originalité de ce que vous écrivez : *par exemple, il croira toujours que le droit est le produit de l’Etat, confondant ainsi droit et législation, et n’imaginera pas que les hommes de l’Etat se sont donnés le monopole de la production de législation ;
par exemple, il dira « la société, c’est moi ».
Vous avez d’ailleurs employé en fin de post une expression suggestive que je trouve excellente : « maillage contractuel ». On pourrait aussi parler de noeud de contrats.
Le maillage plus ou moins dense ? Peu importe – chacun s’en fait sa propre idée -. Parallèlement, quel type de noeud de contrats ? Peu importe – chacun s’en fait sa propre idée d’autant que les types de noeud sont nombreux -.
Cordialement
Emma,
En d’autres temps, hyénou ou hydrou a du parler non pas d’idées libérales simples mais d’idées exprimées simplement.
Ce ne sont pas des idées simples. Elles sont souvent contre intuitives. Elles ne découlent pas directement du bon sens commun. Elles demandent l’utilisation du bon sens critique. Emtre les deux il y a une très grande différence comme le souligne Popper (In Search of a Better World. A-t-il été traduit en français?) Le premier vient de la coutume, de la tradition, de l’environnement, des préjugés, de l’autorité. Le second aussi mais après une critique aussi sévère que l’on peut et un dur travail.
Pour les faire passer c’est difficile, même si l’expression en est simple. Les théoriciens ne nous aident pas trop. Georges dit plein de choses intéressantes, mais il faut parfois s’y prendre à deux fois pour le lire. Faré aussi. Je voulais le leur dire. Voilà , c’est fait. Dieu nous a envoyé ces gens brillants que nous souhaitons néanmoins lire pour nous punir de notre paresse intellectuelle.
Explique que :
le socialisme tue (vite sous la forme marxiste musclée, lentement, voir ci-dessous),
l’harmonisation est dangereuse (la population s’endort, les comportements s’uniformisent, face à un avenir incertain nous n’avons plus d’expériences différentes et des compétences déjà éprouvées qui pourraient nous aider en cas de besoin, le troupeau bêle),
l’assurance par le gouvernement crée davantage de situations dramatiques (on construit en zone inondable, on n’a pas en réserve les bâches pour le toit alors que l’on habite dans une zone où un gros orage de grêle peut arriver tous les dix ans. Pourquoi? On déclarera un état de catastrophe naturelle),
casser du riche et empêcher de le devenir c’est créer du chômage, de la pauvreté et de l’exclusion car c’est parmi ces gens là que se trouvent ceux qui peuvent créer les ressources pour combattre ces maux à condition de ne pas leur en enlèver les moyens.
emma 2
donner de l’argent aux pays sous développés, les enferme dans leur pauvreté, et renforce leur dirigeants corrompus, leur conseiller les politiques qui nous conduisent doucement vers le marécage, ou le mur, verrouille cette situation,
instaurer de grands organismes de recherche, stérilise la recherche, en concentrant sur des sujets à la mode, sur d’énormes gadgets, au détriment de la réflexion, empêche le foisonnement. La recherche dite pure arrive d’où on ne l’attend pas.
etc.
On essaie d’illustrer : les histoires de wakrap sont remarquables pour plein d’entre elles, ainsi que des exemples que nous a aussi donné Mickaël. Les gens comprennent mieux, ça les touche et les indigne souvent quelque soit leur « sensibilité ».
Pas de pessimime sur « nos sociétés ». La vie continue. Il y a encore plein de gens décents et dynamiques prêts à abandonner des idées dont ils sentent bien la corruption mais ne savent comment en structurer la critique pour les remplacer. Il faut les aider à échapper à l’intimidation du « bien pensant » en leur montrant que ce bien pensant conduit à l’opposé du but pratique recherché et qu’on leur propose des alternatives meilleures.
Marc,
Il est facile de trouver des poux dans la tête de gens qu’on admire par ailleurs, comme Hoppe et Rothbard.
« Incohérent » n’était pas sans doute le mot le mieux choisi pour m’exprimer. Ces deux là sont cohérents dans leur raisonnement , mais pêchent dans certaines de leurs hypothèses en ce qui concerne la réalité.
Ils assènent une hypothèse et partent à fond la caisse sans avoir fait leur travail de critique.
Ainsi Rothbard et sa théorie exogène de l’État imposé par un groupe de conquérants venus du dehors. Il n’est plus là pour nous expliquer comment cela se concilie avec la montée en puissance de l’État aux USA, surtout ces dernières décennies. On cherche en vain le conquérant depuis l’origine.
Hoppe en contrastant la démocratie avec la royauté, suppose que le souverain se conduit en bon père de famille qui cherche à maximiser la valeur présente de son royaume dans un climat de faible préférence de temps. Pourtant il est européen d’origne et doit avoir entendu parler de la guerre de Trente ans (guerres de religion entre princes), de Louis XIV (‘j’ai trop aimé la guerre’), de Napoléon (‘je sacrifierais volontiers un million d’hommes pour créer une dynastie’. Il l’a fait et n’a pas fondé pour autant sa dynastie.), de Philippe II (la défense de la religion catholique), du dernier Kaiser et son empire… Et beaucoup d’autres pères de famille douteux.
Leurs constructions politiques supposent trop d’hommes avec des qualités rares, ce qui n’est pas réaliste.
Marc2
C’est pourquoi plutôt que l’anarchisme, pousser au minarchisme, (je dis bien pousser, non pas établir, limiter autant que faire se peut la puissance de l’État, – ne parlons pas de stabilité ou d’état d’équilibre dans notre monde dynamique -) semble l’option la plus réaliste pour les millénaires à venir. C’est d’ailleurs en fait l’intérêt de tous, à part un très petit nombre à un instant donné, et encore ce n’est pas si sûr. C’est ce que nous devons expliquer sans cesse.
Je déconnecte irréalisme et illogisme dans la vie sociale. Certainement pas dans la technique, nous sommes bien d’accord là dessus. Ainsi pour répéter : la très grand majorité accepte – et le reste subit – d’être les esclaves partiels les uns des autres alternativement ce qui n’apparaît pas très logique, mais bien réel.
« C’est pourquoi plutôt que l’anarchisme, pousser au minarchisme, (je dis bien pousser, non pas établir, limiter autant que faire se peut la puissance de l’État, – ne parlons pas de stabilité ou d’état d’équilibre dans notre monde dynamique -) semble l’option la plus réaliste pour les millénaires à venir. »
Merci, pleutre, pour ces interventions de qualite. Malheureusement, pas le temps aujourd’hui de tout commenter, je me limite donc au passage cite ci-dessus.
Ce qui compte avant tout est d’obtenir le recul de l’Etat « partout et n’importe ou » (« anywhere and everywhere », comme disait Rothbard). D’un point de vue pratique, le debat minarchie-anarchie reste donc assez sterile aujourd’hui.
Cela dit, quelques reflexions concernant la minarchie : si vous en fait un objectif « realiste », vous reconnaissez implicitement a la minarchie un certain « potentiel de stabilite ». A l’inverse, on peut penser que la minarchie ne peut etre qu’une etape transitoire, soit vers un etat boulimique, soit vers l’anarchie.
Peronnellement, je pencherais pour la 2eme hypothese : d’une part, les exemples de petits etats devenus gros ne manquent pas (et la description du mecanisme par les penseurs autrichiens me semble assez convaincante), d’autre part imaginez que nous reussissions a faire reculer notre etat boulimique jusqu’au point ou il ne s’occupe plus que de securite et de justice : ecroulement des monuments staliniens (SS, retraites, education nationale, CNRS,…), mondialisation, mise en concurrence,…Pensez-vous alors que comme par miracle, ce « raz-de-maree » de libre marche s’arreterait juste devant la securite et la justice. Qu’aucun acteur prive n’aurait l’idee de creer des agences de securite et des structures d' »arbitrage de conflits »? Pensez-vous qu’une telle idee n’aurait pas la faveur du public, deja convaincu par les bienfaits de toutes les privatisations precedentes? Ca me semble assez irrealiste.
Laurent,
Tu m’entraînes plus loin que je ne le pensais dans cette discussion.
« Minarchie » est utilisé ici comme désignant un objectif.
La minarchie est un état instable dont la pente est vers l’obésité, à une très large échelle de temps.
À cette échelle l’existence d’un État apparaît comme une fatalité étant donné ce que l’on connaît des hommes et de la lenteur de l’évolution.
L’évolution culturelle est beaucoup plus rapide que l’évolution biologique, mais elle peut se faire dans différentes directions.
La composante biologique, précablée, du culturel nous place pour longtemps dans l’atavisme du chasseur-cueilleur. Un atavisme tribal, avec apparition de hiérarchies et par extension d’États – avec ceux qui entraînent (pas forcément les « bonnes » élites naturelles de HH Hoppe) et ceux qui suivent.
Ce ne sont évidemment que des hypothèses, pour moi les plus vraisemblables pour caler ma réflexion et mon action.
Donc vers la ‘minarchie’, un mot code, mais pas un idéal. Dans la pratique vers une variété d’États et pas d’harmonisation.
À chaque millénaire suffit sa peine.
Un gros État « harmonisé » a deux ennemis naturels – entre autres.
La dispersion de la connaissance qui ne peut être centralisée, brillamment mise en évidence et étudiée par Hayek.
Sur le plan biologique, éthologique, la néotonie de l’être humain qui conserve à l’âge adulte les caractéristiques du jeune : curiosité, exploration, expérimentation.
Ce sont deux alliés du libéralisme.
S’ils agissent vite pour rendre le gros État non viable, cela reste long à l’échelle de la vie humaine, et les transitions successives peuvent être déplaisantes. Aussi faut-il l’aider à maigrir sans attendre les maladies.
Merci Pleutre ou Hydrou de vos réponses. Les idées que vous exprimez
sont celles d’un cerveau bien structuré, sain et équilibré. Vous faites sans
cesse la part des choses en les triant, les organisant, les critiquant
froidement. Il est toujours intéressant de vous lire.
Je me suis aperçue au cours de ma vie que l’être humain vit autant de
symboles que de pain et du point de vue des symboles, le libéralisme est
pauvre. Il n’a que la liberté à offrir en partage et c’est trop grand pour la
médiocratie qui nous gouverne et la médiocrité qui nous entoure. Ce n’est
pas que je me sente gonflée par un sentiment de supériorité mais il me
semble que nos idées sont difficiles d’approche. L’évidence de leur justesse
n’apparaît pas d’emblée (c’est toujours cette idée de contre-intuitivité).
Par ailleurs, je pense que le monde se fait avec des gens d’action et pas
seulement avec des idées car des idées non incarnées ne servent à rien.
Un exemple : en France, le libéralisme en tant que mouvement politique
est incarné, entre autres, par A. Madelin que j’apprécie. Cependant il s’est
rallié à l’UMP, mouvement étatiste puisque issu du gaullisme. Cela me
semble être un mauvais calcul au premier abord mais peut-être qu’en y
regardant bien les idées libérales finiront par se faire entendre à défaut
d’être mises en pratique.
Notre cénacle un peu snob de La Page libérale où l’échange d’idées hors
des turpitudes de la réalité est cependant bien agréable à fréquenter.
Bien cordialement.
Emma
Emma, Pleutre,
Les idees que vous lancez meriteraient un debat approfondi, auquel le format de ce forum se prete mal.
En vrac : les echelles de temps auquelles Pleutre se refere me semblent bien longues, dans le monde d’aujourd’hui ou tout va de plus en plus vite, circulation de l’information et intensification des echanges notamment. Il me semble au contraire que les systemes en place pourraient basculer ou s’effondrer tres rapidement (et pas necessairement pour le meilleur), a l’echelle de decennies plutot que de millenaires.
D’accord pour viser des ameliorations continues plutot que d’attendre le Grand Jour. D’accord pour l’action, mais attention a ne pas mener de combats derisoires passant a cote de l’essentiel. Pour moi, le combat essentiel reste un combat d’idees au sein de la societe civile (a ce titre, cette Page et quelques autres sites m’aident beaucoup a affiner les argumentaires que j’utilise au quotidien dans mon entourage). L’etat ne peut survivre sans un minimum de legitimite aupres du public, et essayer de lui retirer sa legitimite (meme centimetre par centimetre) est un combat honorable. Cette legitimite est encore tres forte, meme si on sent des signes d’effritement (passagers?).
Exemple : lorsque Contribuables Associes se battent pour obtenir la suppression d’un gaspillage d’argent public (une « commission » ou un « observatoire » inutiles), c’est derisoire en soi. Ce qui l’est moins, c’est qu’ils sensibilisent par la leurs lecteurs a la perversite du systeme, ce qui pourrait contribuer a une reelle avancee un jour futur.
Quant a « aider » l’etat a maigrir, cela supposerait qu’il en ait envie, hypothese qui ne me semble pas realiste. N’ayez pas d’illusion, il s’agit d’un combat (d’idees, pas d’hommes) et non d’une therapie. Les « maladies » (incurables) et « transitions deplaisantes » seront, j’en ai peur, difficiles a eviter.
Bien cordialement.
Laurent, vous évoquez le débat d’idées et dites que le format de ce forum
s’y prête mal. Ce qui plombe un peu l’échange ici c’est la linéarité de la
forme : nos échanges s’empilent chronologiquement et il est quelque fois
ardu de relier un propos à celui auquel il fait référence. Tout cela est très
brouillon et finalement décourageant dans la forme. Je demande pardon Ã
Hervé mais alors inventons autre chose. Pour ma part, je ne vois que le net
où nos idées puissent s’exprimer librement puisque nous sommes
disséminés un peu partout. La discussion autour d’un verre dans un café
est impossible mais il serait bien que cela ait cette forme. Reste Ã
modéliser le truc.
Je suis d’accord avec vous pour reconnaître que les combats dérisoires
épuisent et ne mènent à rien. Les intentions de Contribuables associés
sont bonnes, leurs résultats sont-ils probants ? Je reçois leurs pétitions,
elles sont bavardes et rebuteraient un régiment de non-étatistes
optimistes.
Je crois que nous avons beaucoup à faire pour que nos idées séduisent. Il
faut travailler sur l’emballage, la présentation, l’expression.
Bien cordialement.
Emma
Emma,
Vous évoquez bien une de nos difficultés de communication,qui est liée au media que nous employons.
Si je voulais argumenter mieux,je devrais recopier d’abord tous les commentaires,pour en avoir une vue
complète,les plus anciens n’étant plus mémorisés!Car il me semble impossible de les copier par le PC.Est-ce tout à fait impossible?Avis du responsable technique?
Ancien Belge,
C’est ce que je fais actuellement : je copie les posts qui m’intéressent, leurs
commentaires et les colle sous Word et même en remaniant la forme
(enlèvement des espaces indigestes à la lecture, etc.), on reste toujours
sous cette forme linéaire. Il me semble qu’on devrait pouvoir résoudre ce
problème de forme mais sincèrement je ne vois pas comment
techniquement parlant. Cela reste à inventer. Et sur ce point je fais
confiance à la créativité de nos amis libéraux. La page libérale d’Hervé en
est un excellent exemple. Le net est le medium idéal pour l’échange de nos
vues, j’en suis convaincue car il est sans frontière et sans barrière sinon
celle de la langue.
A vous lire.
Emma
Si vous pouviez, Ancien Belge, juste mettre un espace après vos signes de
ponctuation – points, virgules, etc. – ce serait bien plus lisible. Merci
d’avance !
« Je crois que nous avons beaucoup à faire pour que nos idées séduisent. Il faut travailler sur l’emballage, la présentation, l’expression. »
Emma, vous avez raison, il reste un gros travail de marketing a faire. La forme des echanges sur internet, outil indispensable, doit sans doute etre amelioree.
Il faut aussi travailler sur l’argumentaire lui-meme : les idees des brillants intellectuels liberaux doivent etre mises a la portee de la majorite de gens qui n’ont jamais pousse la reflexion politico-philosophique tres loin, et adaptee en fonction de la sensibilite de son auditoire (sensibilite a la misere, a l’ecologie, a la perte des valeurs traditionnelles, etc.). Un bon vendeur doit toujours chercher a connaitre ses interlocuteurs pour trouver le bon « angle d’attaque ». Les idees contre-intuitives que nous defendons demandent beaucoup de pedagogie et de patience.
« je copie les posts qui m’intéressent, leurs
commentaires et les colle sous Word »
les voila les libéraux cossus ils se paient des logiciels chers au lieu de galérer linux
Laurent, il est bien entendu que « ce qui se conçoit bien s’énonce
clairement » et que forme et fond ne doivent faire qu’un. Je soulignais
juste une certaine carence. Traduire, vulgariser la pensée des intellectuels
libéraux est nécessaire. Donner des exemples concrets comme le fait
Wakrap ici souvent est également indispensable. La forme du contre-
exemple de mimioche sur un autre post auquel a brillamment répondu
Mickaël est très intéressant aussi. La critique des actions des hommes de
l’Etat sociaux-démocrates pourrait être faite systématiquement. Il faudrait
lister tout cela et monter des argumentaires en fonction des « clients »
souvent rétifs qui nous rient au nez quand on émet seulement quelques
idées libérales. Cependant, la tâche est d’envergure car l’énorme machine
à broyer les cerveaux qu’est l’Éducation avec son socialement correct est
lancée depuis longtemps. Et ce n’est pas l’esprit critique qui étouffe les
rouages de ladite machine !
Vous parlez de pédagogie et de patience. C’est exactement de cela dont
nous devons faire preuve.
Bien à vous.
Emma
re: Réflexions ..marc2
Posté par: pleutre anonyme le Lundi 06 Décembre 2004 à 13:42:26
Marc2
C’est pourquoi plutôt que l’anarchisme, pousser au minarchisme, (je dis bien pousser, non pas établir, limiter autant que faire se peut la puissance de l’État, – ne parlons pas de stabilité ou d’état d’équilibre dans notre monde dynamique -) semble l’option la plus réaliste pour les millénaires à venir. C’est d’ailleurs en fait l’intérêt de tous, à part un très petit nombre à un instant donné, et encore ce n’est pas si sûr. C’est ce que nous devons expliquer sans cesse.
—————–
le minarchiste ne peut pas fonder sa conception sur autre chose que le moindre mal. Cette dernière notion est affaire de stratégie. Mais du point de vue intellectuel la cohérence conduit à l’anarchisme. Il faut le dire clairement.
Laurent
« les echelles de temps auquelles Pleutre se refere me semblent bien longues, dans le monde d’aujourd’hui ou tout va de plus en plus vite, circulation de l’information et intensification des echanges notamment. Il me semble au contraire que les systemes en place pourraient basculer ou s’effondrer tres rapidement (et pas necessairement pour le meilleur), a l’echelle de decennies plutot que de millenaires. »
Les systèmes en place peuvent s’effondrer rapidement mais sans doute pour recommencer un parcours dans une certaine ornière, c’est ce que j’ai voulu dire avec l’existence de l’État dans cette ornière. Quant aux mentalités modernes ou non …
Un exemple : le culte du cargo. Combien crois tu que nous ayons d’avance sur les mentalités des indigènes de Nouvelle Guinée, en principe parmi les plus primitifs de la planète, Deux? trois millénaires? Ils pratiquent le culte du cargo. Ils construisent des simulacres d’aéroports dans la jungle qu’ils illuminent, des simulacres de postes de radio dans lesquels ils parlent, et ils attendent l’arrivée des avions et des parachutages qui vont amener plein de bonnes choses. Le schéma est : on fait les gestes que l’on a vu, sans connaître toute la réalité derrière, et on s’attend aux résultats.
Maintenant examine les actions « volontaristes » des politiques. 50% d’une classe d’âge diplômée du supérieur, tant % de PIB pour la recherche, pour la santé, pour les transports, dans tel pays, on va en faire autant dans des programmes publics, un plan calcul, des autoroutes de l’information, etc. Bien sûr ce n’est pas aussi stérile qu’en Nouvelle Guyinée mais on a la plupart du temps manqué un point essentiel, quand ce n’est pas que la causalité était en fait en sens inverse dans le modèle choisi. On est tout étonné du résultat après avoir enfourné toute une population dans un moule ou l’avoir torturé sur un lit de Procuste.
Laurent 2
Garde le mythe du cargo en tête, les gestes magiques. Regarde autour de toi et viens me dire si tu trouves nos cousins de Nouvelle Guinée tellement loin dans le temps.
Autre exemple bizarre. On dit qu’en Afrique un obstacle au développement est le fait que lorsque quelqu’un a un bon revenu, par exemple salarié d’une entreprise occidentale, il a l’obligation de partager avec la parentèle, de plus en plus éloignée à mesure que son revenu augmente. Il est guetté quand il va à la banque, etc. Il peut finir par baisser les bras et se cacher.
Maintenant compare avec notre solidarité obligatoire et notre système fiscal.
Pleutre,
Ce que tu montres brillamment, c’est que la science economique archi-dominante dans nos societes en est encore a la prehistoire, a la Magie Noire et aux rites vaudoux. Tu as tout a fait raison.
Heureusement, quelques « autrichiens » sont passes par la au cours du dernier siecle. Reste a diffuser leurs idees. Vaste programme. Ou meneront-elles exactement si elles sont comprises par une masse critique de gens? Ca me semble secondaire.
Merci de vous expliquer Laurent sur votre phrase : « Ou meneront-elles
(les idées des « Aurichiens ») exactement si elles sont comprises par une
masse critique de gens ? Ca me semble secondaire. »
Voulez-vous dire que si une masse critique de gens comprennent les idées
des « Autrichiens », cela n’a pas plus d’importance que si une élite seule les
comprend ?
D’autre part, je soumets à votre sagacité cette pensée de Karl Popper : «…
la méthode correcte de discussion critique part de la question : quelles
sont les conséquences de votre thèse ou de votre théorie ? Sont elles
toutes acceptables pour nous ?
Ainsi elle consiste à comparer les conséquences de différentes théories
(ou, si vous voulez, de différents cadres de référence) et essaie de
découvrir laquelle des théories en compétition (ou cadres de référence) a
des conséquences qui nous semblent préférables. Elle est ainsi consciente
de la faillibilité de toutes nos méthodes, et essaie de remplacer toutes nos
théories par de meilleures théories. Ceci est, de l’aveu général, une tâche
difficile, mais en aucun cas une tâche impossible. » (in « Le mythe de cadre
de référence »)
Pourrions-nous décrire quelles seraient les conséquences de
l’établissement du libéralisme par exemple en France après des décennies
de pouvoir étatiste ?
A vous lire.
Emma
Emma,
Je me suis mal exprime. Je voulais dire la chose suivante :
Le plus important est d’essayer de diffuser les idees liberales le plus largement possible, afin qu’une masse critique de gens soit « contaminee ». Lorsque l' »epidemie » se sera propagee, peu importe que cela mene au minarchisme ou a l’anarchisme, qu’on y arrive brusquement ou graduellement, en 50 ans ou en 5000 ans. Ce qui nous importe aujourd’hui est de diffuser le virus le plus largement possible.
Difficile de dire a quoi ressemblerait precisement une societe de liberte, par de finition de la liberte qui ne se decrete pas et ne se planifie pas. J’imagine les echanges au sens large et les services beaucoup plus nombreux, puisque non soumis a la reglementation tatillone, la tracasserie administrative, la fiscalite et les URSSAF. Donc un developpement sans precedent de la micro-entreprise. Une diversite des produits et services beaucoup plus grande. Le statut de « grande entreprise » ou « entreprise dominante » serait beaucoup plus difficile a maintenir puisqu’on ne peut plus faire appel a l’etat pour reglementer l’acces au marche. Une entreprise dominante ne pourrait l’etre que grace a l’excellence. Les criteres principaux de reussite seraient la creativite, l’integrite et la prise de risque. L’entraide serait bien plus developpee. La justice serait guidee par le principe de reparation envers la victime. La police, soumise a la concurrence, serait beaucoup plus efficace et le sentiment d’insecurite fortement diminue. En toute logique, et sans idealiser l’homme, voila comment je vois, dans les grandes lignes, l’humanite debarassee de la tyrannie etatique.
La solution me semble aussi à chercher par là .C’est par
l’éducation et la diffusion des idées que le changement
politique avance. »Agit prop » pour les bolcheviques,pour
les gauchistes « conscientisaion »,pour les chrétiens
évangélisation ou catéchisme…sont des éléments essentiels d’articulation de la théorie aux réalités…
Et l’Internet est le media du futur par excellence!
Ancien Belge,
Il faut en effet placer nos espoirs dans l’internet, parce que du cote de l’Eduction nationale ou de l’Universite, a de tres rares exceptions pres, seuls le keynesianisme et le marxisme (a peine recycle) y sont enseignes.
Je discutais le week-end dernier avec un jeune de 15 ans, fils d’un collegue : apres a peine un trimestre d’economie au lycee, il m’a ressorti tout le discours anti-mondialiste, de l’exploitation des travailleurs des pays pauvres par les multi-nationales a la « tyrannie » exercee par les speculateurs financiers. Je lui ai donc conseille l’ouvrage de Johan Norberg « Plaidoyer pour la mondialisation capitaliste », mais je doute qu’il le lise.
Esperons donc que les liberaux sauront utiliser l’internet avec efficacite, parce que, de leur cote, nos opposants ne choment pas pour ce qui est de la diffusion des idees.
« …mais je doute qu’il le lise »
C’est malheurement le problème que nous rencontrons: parvenir à convaincre les gens de lire des livres… c’est incroyablement difficile. Personnellement je n’y suis jamais parvenu directement. J’ai offert de ma poche plusieurs livres et non des moins intéressants: jamais les gens à qui je les ai offerts n’ont voulu les ouvrir..
Il ne faut pas espérer convaincre en poussant un bouquin.
Ils ne seront lus que par des gens qui sont déjà des sympathisants et veulent approfondir.
D’autre part le language et la culture philosophiques ne
sont vraiement accessibles qu’à une minorité.
Par compte à l’école des enseignants séduisent leurs
élèves et placent leur credo collectiviste.Quand j’avais 15 ans,un jeune prof marxiste avait capté toute la classe,en faisant en plus de la politique,des sorties avec ses élèves,et les invitant chez lui…Et on disait
que la loi belge voulait que l’école soit neutre au point de vue philosophique!Depuis j’ai pu voir qu’une majorité d’enseignants faisaient de la politique de gauche en classe…Inévitable dans une Belgique francophone victime de trois quarts de siècle de socialisme.
de trois quarts de siècle de socialisme.
Merci Laurent et Ancien belge de vos réponses concernant votre vision du
libéralisme. Je suis d’accord avec vous concernant le fait que peu importent
les nuances intellectuelles et théoriques du libéralisme qui s’installerait :
minarchisme, anarcho-capitalisme, etc., ou autre. Un recul significatif de
l’Etat serait déjà une grande chose. Je ne vois qu’une méga-catastrophe
pour nous y amener. Ma fille qui vit et travaille aux Etats-Unis me dit Ã
chaque fois quÂ’elle revient en France quÂ’elle trouve le pays un peu plus
appauvri. Elle remarque nos modes de vie qui rétrécissent, les intérieurs
des maisons étriqués et sans beaucoup de confort, les voitures toutes
petites, etc. Bien sûr, dit-elle, les bâtiments publics sont toujours plus
beaux, les musées prodigieux, les tramways luxueux et le TGV
extraordinaire mais les individus semblent vivrent plus chichement que par
le passé. Il est entendu qu’avec des ponctions comme nous en subissons
sur nos revenus, seul lÂ’Etat peut y trouver son compte. Je me demande
toujours pourquoi la masse des gens nÂ’en est pas plus consciente. Sans
doute parce qu’elle n’y a pas intérêt.
En effet, il y a du travail d’éducation à faire, puisqu’on ne peut compter sur
les chargés d’éducation en place, presque tous socialistes. C’est réellement
remonter un courant défavorable que de tenter d’instiller le virus du
libéralisme dans les têtes rongées par le socialisme insidieux lui-même
distillé sans vergogne avec l’assentiment du plus grand nombre et la
meilleure bonne conscience depuis des décennies par des zélotes à la
solde de l’Etat (qu’ils ne se privent d’ailleurs pas de fustiger comme libéral,
on se tord de rire).
Il nous faut séduire et convaincre. Quel travail, quel défi !
Emma
Emma.
Les lois de la réalité sont ce qu’elles sont et les êtres humains en ont découvertes certaines et, bon gré mal gré, ils en tirent les conséquences.Mal gré peut-être, l’être humain ne descend pas du 100è étage au 1er en se jetant par la fenêtre et en lisant un livre de Marx ou sentant qu’il se noie, il appelle à l’aide, écoute les conseils des sauveteurs plutôt que de penser, par exemple, à la dernière conférence de presse du Président de la République ou du dernier interview d’un « politique ».
Les lois de la réalité implicitement en question sont de l’ordre de la physique et leur non respect serait sanctionné immédiatement par la mort: il le sait.
Mais il y a aussi les lois de la réalité de l’ordre de la praxéologie (de l’action humaine, « économique ») et, malheureusement, leur non respect n’est pas sanctionné ni immédiatement, ni par la mort. C’EST CELA LE PREMIER PROBLEME.
SECOND PROBLEME.
Des tarés, payés par les impôts qu’ils fixent ou extorquent à ceux dont ils disent (vouloir) faire le bonheur, osent affirmer que ces lois n’existent pas et qu’il faut avoir confiance dans leurs actions. Et ils sont apparemment écoutés -si on en croit les produits du suffrage prétendument universel- malgré les résultats qu’ils obtiennent et qui sont opposés à ceux qu’ils avançaient quand ils mènent effectivement les actions qu’ils avaient dit qu’ils mèneraient!Et ce fait est explicable par les lois haïes.
La SS devait garantir la paix et le plein emploi (mot d’ordre de 1945). Elle a donné lieu à un chômage croissant et à l’essor de la pauvreté en France. Quant à la paix, pourquoi le « plan Borloo » sur la cohésion sociale en débat actuellement?
Les étatisations de 1981 et ce qui allaient de pair -placer les amis- devaient rétablir le plein emploi en France. Elles ont donné lieu à prévarication, corruption, etc.
QUELLE SOLUTION ?
Emma, je ne crois pas que séduire et convaincre soient la solution. Je préfère informer et expliquer. Ce n’est pas une querelle de mots.
Quel travail et quel défi…si nous étions seuls! Mais
je n’ai pas la prétention de croire que nos préoccupations se limitent aux quelques intervenants sur ce site…
Bien sûr informer…tous ces désinformés,en leur expliquant.Mais dans le but de les convaincre!Et si nous sommes rébarbatifs,celà passe mal.Enfin il est certain
qu’il faut organiser la matière à transmettre selon une
logique pédagogique:les publics étant différents en capacités et prérequis.De plus les mêmes notions peuvent
supporter différents niveaux d’élaboration ou de vulgarisation…
A mon avis , s’il est vrai qu’il est fondemental d' »expliquer et informer » (le fond), on ne peut pas negliger le packaging, le marketing, etc. (la forme).
Tous les conseillers en com. et les bons vendeurs vous diront que faire appel a l’affecif de l’interlocuteur est plus efficace que faire appel a sa raison.
Sans tomber dans le cynisme, il faut en etre conscient.
N’oublions pas que si les idees socialo-communistes ont convaincu tant de monde avec des idees totalement irrationnelles et destructrices, c’est en faisant appel a l’affectif et a l’imaginaire : culpabilisation de l' »individualisme », plaisir de « partager », vision d’un monde meilleur et fraternel ou tout le monde se donnerait la main, etc. Et elles n’ont pas hesite a utiliser des mots a connotation positive dans les esprits (et a pervertir leur sens) : fraternite, solidarite, etc.
A l’oppose, tous les mots-cles des liberaux ont aujourd’hui une connotation negative : « libréchanj » « librmarché » (orthographe volontaire, pour mettre l’emphase sur la diabolisation des expressions et la perte de vue de leur sens reel), « individualisme ».
Exemple : Un politicien dit : « Voulez-vous que l’UE ne soit qu’une vaste zone de « libréchanj »? » (Réaction unanime attendue : « oh, non, quelle horreur, tout mais pas ca! »).
Pour « convaincre et seduire », il faut donc faire attention aux mots et a ce qu’ils vehiculent : mieux vaut alors parler d' »echange libre » (voir Bastiat « La Peur d’un Mot »), de « marche libre », d' »humanisme », de « mettre l’individu au centre de ses preoccupations », etc. et prendre soin d’eviter les « gros mots » evoques ci-dessus.
Enfin, quelques pistes a explorer…
Effectivement, Georges, vous avez raison de dire qu’on n’échappe pas aux
règles de la gravitation universelle et aux lois de la physique en général,
pas tellement aux lois biologiques non plus dÂ’ailleurs. Cependant
beaucoup croient que l’on peut aussi passer outre les lois de la réalité
culturelle (tout ce qui a été mis en place par l’homme depuis des lustres) et
enfreindre avec des lois et des réglements autoritaires un ordre établi par
les interactions infinies des hommes. Pour cela nous sommes dÂ’accord et
pour le reste aussi dÂ’ailleurs. Informer, expliquer et finalement convaincre
des ânes qui n’ont pas soif est une tâche immense. Cependant fond et
forme ne font qu’un et nous ne rallierons personne à notre cause si nous
sommes rébarbatifs, ennuyeux et abscons. « Un objet laid se vend mal »
disait Loewy, grand designer de l’après-guerre.
Laurent a raison de dire que les démagogues socialistes ont accaparé le
langage positif et même si les concepts sonnent creux, cela rentre comme
dans du beurre dans des esprits simples qui croient au pouvoir des mots :
justice sociale, égalité, redistribution… Il faudrait d’ailleurs faire la liste de
ces idées simples et néanmoins nuisibles, les décortiquer et démontrer
quÂ’elles ne sont que des coquilles vides.
Je suis d’accord avec Laurent pour dire que nos idées sont contre-
productives : elles repoussent au lieu d’attirer. Il conviendrait de présenter
nos idées avec leurs conséquences concrètes, les bonnes et les mauvaises
selon que lÂ’on se place du point de vue du contributeur ou du receveur
dans la société.
Quand il présente un programme d’actions, tout homme politique devrait
être tenu d’ajouter dans la foulée les conséquences prévues dudit
programme. Cela devrait être exigé par les électeurs et cela obligerait ceux
qui nous gouvernent à clarifier, densifier leur pensée et à écarter les idées
démagogiques. Mais nous en sommes loin. Une campagne électorale
ressemble à une pêche aux voix. Mais aurait-on encore besoin d’élection
dans un marché politique libre ?
Bien à vous.
Emma
Emma,
vos idées ne sont pas contre productive en soi. Mais la façon dont vous les présenter probablement. Quand vous dites :
<
Un âne qui n’a pas soif n’est pas forcément un abruti. Il n’a simplement
pas soif de nos idées car il est désaltéré par ailleurs par les idées et les
actes des étatistes. Il n’en a encore pas encore compris (mais ça viendra
inéluctablement car les fontaines de l’étatisme tarissent immanquablement
les sources souterraines qui les alimentent) tous les effets, malgré les
expériences désastreuses :
– du socialisme poussé très loin à lÂ’Est et ailleurs (Cuba par exemple, pays
d’Afrique trop nombreux pour être cités, etc.) ;
– du socialisme soft (la social-démocratie) de nos nations riches de
l’après-guerre. Bien entendu, on ne met plus les gens dans des camps
pour mal-pensance mais on leur fait subir des traitements iniques en les
ponctionnant pour, disent-ils, redistribuer aux plus pauvres (le coût de la
redistribution n’est bien entendu jamais évoqué pourtant il apparaît que
seuls 20 % de ce qui ponctionné est réellement redistribué. C’est
quasiment une machine qui tourne à vide et qui ne profite qu’à elle-
même).
On oblige les gens à se conformer aux vues de l’Etat omniscient qui (mais
pourquoi donc ?) aurait forcément raison dans des domaines aussi divers
que la protection sociale, la fabrication des Airbus, l’éducation, la gestion
de l’eau, le port du foulard, la distribution de l’énergie, la télévision, etc.
La société civile pourrait, elle aussi, se débrouiller sans tuteur pour se
gérer elle-même avec un instrument formidable qu’on nomme liberté,
concept que l’âne qui n’a pas soif n’envisage même pas puisqu’il ne sait
pas ce que cÂ’est.
A vous lire Pas convaincu.
Emma
Il y a quand même aussi de VRAIS ânes…qui ne peuvent raisonner que collectivement, par le sens commun de leur groupe d’appartenance, sans jamais chercher à atteindre
un esprit critique. L’idéal serait de les identifier rapidement, pour traitement approprié (carotte et bâton).
Mais il y a toujours risque de se tromper, car on ne dispose que de quelques bribes de language écrit…Celà fait, ceux qui ne l’étaient qu’en apparence méritent un traitement différencié…
D’autre part, si 20% seulement de la ponction est redistribuée, ce serait un très gros argument à employer.
Possède-t-on des chiffres fiables et/ou une description
des mécanismes de la « déperdition »?
« D’autre part, si 20% seulement de la ponction est redistribuée, ce serait un très gros argument à employer. »
Peu importent les chiffres. Si on ne comprend pas le raisonnement, cela ne sert à rien. Si on comprend le raisonnement, les chiffres sont superflus.
Il faut lire. Rothbard, Mises, Bastiat, notamment.
L’âne qui n’a pas soif, ne les lit pas.